Rencontre avec... - Interview d'Amélie Carrouër

Rencontre avec... - Interview d'Amélie Carrouër

publié par Sophie Ricaume le 21/01/2020
"Pour moi, une interview est une partition musicale"
La journaliste Amélie Carrouër conduit ses différentes émissions politiques avec un seul cap en tête : l’échange et l’analyse inclusive, tant pour l’invité que pour le téléspectateur. Un exercice exigeant qui représente une préparation intensive. Mais pour cette passionnée de journalisme, c’est un engagement.
rencontres_info1.jpg

Quand avez-vous eu la vocation pour le journalisme ?
Je crois que j’ai eu une révélation dès l’âge de 10 ans. De nombreux métiers me tentaient, tels que médecin par exemple, car j’avais une profonde envie de bouger… Mais le journalisme a pris le dessus. A la maison, nous regardions régulièrement des émissions comme Envoyé spécial contribuant ainsi à nourrir mon imaginaire et ma vocation. Cette passion, très tôt inscrite dans mes veines, a été un moteur puissant qui a donné un objectif à mes études.

Pourquoi le journalisme politique ?
Mes parents sont assez investis dans des activités sociales. Ils avaient beaucoup d’intérêt pour la chose publique. Lorsque j’ai fait mes premières armes en télévision, c’était un stage pour l’émission politique d’Audrey Pulvar et du rédacteur en chef Michel Dumoret, à I-Télé. Je me suis alors beaucoup investie sur cette matière. Quand, fin 2010, les équipes se constituaient pour la préparation de la campagne présidentielle de 2012, j’ai été sollicitée. Puis je suis retournée en «Info géné», principalement à l’étranger et l’on m’a proposé de réintégrer le service politique pour la présidentielle suivante. Je n’ai plus quitté le service politique.

Quel ton souhaitez-vous insuffler à votre émission, à la suite d’Adrien Gindre ?
C’est une question à laquelle je n’ai pas de réponse car je ne me la pose pas vraiment. Mon unique objectif est de faire la meilleure interview possible. Je suis une bosseuse et je prépare beaucoup mes interviews en amont. Pour moi, une interview, c’est une partition musicale. Je me la rejoue au fil des heures dans ma tête jusqu’au dernier moment. J’ai même besoin de la lire à voix haute, à mon équipe... Comme je ne lance pas de sujet, c’est une manière pour moi d’entendre l’interview pour savoir si elle a du sens, de la cohérence. Je dois parvenir à emmener la personne en face de moi dans une ronde qui ne doit exclure ni le téléspectateur ni mon invité. C’est cette dimension inclusive qui m’intéresse.

Selon vous, en quoi LCI se différencie-t-elle des autres chaînes d’information ?
Ça fait plus de 10 ans que je travaille sur une chaîne Info et je pense qu’il ne faut pas s’arrêter sur un exercice propre. Une chaîne d’information ne se résume pas à ses seuls JT, ou à ses seuls débats. LCI a particulièrement développé cette capacité à être tout autant dans le débat que dans le direct, dans l’information brute, que dans les talks et discussions politiques etc. Une chaîne d’Info, c’est vraiment un tout. Pour moi, l’équilibre est là. C’est un endroit où l’on vient chercher un discours fort en direct, des journaux avec une matinale dont les angles sont différents, où l’on parle de culture et où l’on propose le débat d’idées, alimenté par les personnalités et des perspectives variées...

Comment préparez-vous votre émission «En toute franchise» chaque dimanche à 18h ?
C’est un énorme travail de programmation. Il faut d’abord trouver un invité qui va, pendant une heure, réagir à l’actualité, mais également avec lequel on pourra mettre les choses en perspective…On s’y prend une semaine à l’avance, guère plus, pour être au plus près de l’actualité. Je suis en vigie permanente sur ce qui pourrait être intéressant. Je prends des notes sur mon téléphone tout le temps ! L’émission étant programmée le dimanche soir, il faut aussi anticiper la semaine qui s’ouvre et évoquer les sujets à venir. Parcourir l’actualité et les déclarations de la personnalité reçue nécessite un gros travail de documentation. Je peux compter sur la formidable Laurie Madile, programmatrice, qui m’aide à caler les invités et avec laquelle je suis en lien permanent pour lancer les demandes, gérer les refus éventuels et trouver d’autres invités. Pour le travail de fond, je le mène seul. En deuxième partie d’émission, les téléspectateurs viennent assister au duel entre Daniel Cohn-Bendit et Luc Ferry, sur différents thèmes d’actualité. C’est le plaisir du débat argumenté entre deux personnalités ayant une vraie gourmandise intellectuelle à se retrouver et à se confronter, souvent sans concession.

Quelles sont vos autres émissions ?
Ma chance, c’est que chaque émission est un exercice en soi, où je trouve du plaisir. Tous les vendredis, à 18h, dans 24h, toute une équipe apporte ses idées. C’est une fantastique mécanique intellectuelle et humaine. Là encore, c’est une partition, avec pour chef d’orchestre Romain Messy avec lequel je dois mettre tout en musique, en direct. Le pari de ce rendez-vous, c’est l’exigence. Les téléspectateurs attendent que je sois impeccable sur le fond, tout en amenant les intervenants autour de la table à se lier à l’analyse proposée. Dans le journalisme comme dans la vie, il n’y a rien de plus difficile que de simplifier des concepts compliqués, tout en évitant l’écueil d’être simpliste.

Avec l’exercice du Tour de l’Info, le samedi à 18h, je suis avec une équipe d’éditorialistes restreinte. Le travail se fait avec une cheffe d’édition et la rédaction en chef. C’est un peu plus mon bébé. J’aime les retrouver chaque samedi. J’apprécie leur bienveillance avec l’actualité, sans prétention ou idée reçue vis-à-vis de tel ou tel thème, dans la mesure où cela intéresse les Français. Ils sont capables de faire évoluer leur posture en fonction d’un argument et ne cessent d’ouvrir des perspectives. Je trouve cela très enrichissant. J’apprécie beaucoup le travail intellectuel de la préparation. Là aussi, il faut être en vigie sur l’actualité et déterminer quels sont les thèmes du samedi. Nous sommes dans l’actu chaude du week-end, mais tenons toujours la promesse de l’analyse.

Press Kit

Partager