H24 - Interview de Frédérique Bel

H24

Episode 2
Lundi 3 février à 22:05

H24 - Interview de Frédérique Bel

publié par Aurélie Binoist le 14/01/2020
«Un cadeau du ciel !»
A fleur de peau et dévouée corps et âme à ses patients, Florence se laisse souvent submerger par ses sentiments. Une hypersensibilité qui l’a poussée à se tourner vers la drogue pour supporter la dure réalité. Frédérique Bel a vu dans ce personnage une belle opportunité de dévoiler une nouvelle facette de son jeu.
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Qu’avez-vous pensé à la première lecture du scénario ?
J’ai été cueillie par la force de réalisme dégagée par ces quatre destins de femmes qui luttent pour mener leur vie intime et leur vocation de front. Les téléspectateurs risquent d’avoir le même vertige. La série plonge les héroïnes dans des situations dangereuses. On peut facilement s’identifier à elles car nous sommes toutes ces femmes : celle de 20, 30, 40 ou 50 ans, celle que l’on est ou que l’on deviendra. Le scénario est très bien ficelé et complètement addictif. J’ai aimé aussi la sororité qui lie ces 4 infirmières, souvent confrontées à la misogynie des hommes ou qui ont peur de prendre leur place dans un milieu masculin. Ce ne sont «que» des infirmières dans une hiérarchie très structurées, ce qui ajoute un sentiment d’injustice comparé à l'incroyable dévotion qu’elles mettent dans leur travail. Du féminisme, de l’amoral, du réalisme, du sang, de la drogue, des combats intenses pour la survie, des désirs, des sentiments amoureux, de l'interdit mais aussi la tragique fragilité du corps humain et la mort omniprésente. Comment ne pas sauter à pieds joints dans une série comme celle-ci ? C’est un cadeau du ciel ! 

Il s’agit de votre premier rôle principal dans une série. Etait-ce un stress supplémentaire ?
Le plus dur dans ce métier, c’est de durer. De ce côté, je suis très épanouie de me réinventer régulièrement. Je ne ressens aucun stress en envisageant un rôle, juste un immense sens du devoir. Je ne cherche pas à rendre mon personnage rendre plus intelligent ni à briller à travers lui. Je ne me pose pas vraiment la question de savoir s’il est principal ou secondaire et je ne suis pas du genre à comparer avec mes partenaires de jeu. Mais je me bats toujours pour que mon personnage ne soit pas dégradé, oublié ou dépouillé de sa substance. J’avais le complexe de ne pas avoir fait le conservatoire. Ces quinze dernières années ont été riches en jolis rôles et m’ont servies à faire mes classes. J’ai interprété de nombreux personnages et j’ai toujours eu l’immense chance de choisir des comédies (populaires ou d’auteur) qui ont rencontré le public. J’aime «l’entertainment». Alexandre Laurent m’a permis de faire frissonner les téléspectateurs dans La Mante, la série Netflix française la plus vue aux USA en 2018. J’ai même reçu un tweet de Stephen King ! TF1 a été la seule à avoir l’audace de me proposer ce genre de rôle. Pour H24, j’ai précisé que je n’avais encore jamais pu montrer ma sensibilité et que cette infirmière droguée serait ma porte d’entrée (ou de sortie !) vers le tragique.

Comment décririez-vous Florence ?
Un peu comme moi, Florence est une hypersensible. C’est une formidable infirmière, douce et sincère. Très humaine, elle est née pour sauver les gens. C’est une belle âme. Mais elle se fait constamment submerger par son métier, ses combats vains, ses mecs. Elle a pour seule famille une tortue ! Elle n’a pas intégré la mort dans son métier. Alors dès que la mort passe chercher son dû, elle se pique aux opiacés pour ne pas sombrer.

Comment vous êtes-vous préparée pour ce rôle d’infirmière ? Et pour interpréter son côté toxicomane ?
J’ai intégré les mouvements sur le plateau avec une infirmière guide. Je ne cherche pas le geste parfait car mon personnage tremble, sue, se perd... J’y ai mis de ma propre désorientation, de ma propre hésitation mêlée de mon envie de bien faire. Florence, toujours entre deux shoots est soit trop apaisée, soit en manque. Pour son côté toxicomane, je suis assez fan des films TrainspottingRequiem for a Dream ou Las Vegas Parano. J’avais envie de me faire un garrot avec les dents depuis longtemps ! 

Vous arborez une chevelure rousse inédite ! 
Lorsque la production me l’a proposé, j’ai dit pourquoi pas ? En même temps, j’avais déjà «assassiné» ma blondeur naturelle pour ce brun sage qui a transformé ma carrière en une actrice plus «sérieuse». Il était temps que je brouille les pistes avec une nouvelle couleur ! C’est encore un signe de changement de registre et d’émancipation. Et ce roux un peu bizarre rajoutait un côté punk toxico au personnage, mais il va s’assagir au fil des épisodes.

Regardez-vous des séries médicales ?
Non, même si j'ai eu la curiosité d’en regarder. Je pense que les séries américaines clinquantes nous trompent sur l'état de nos hôpitaux en France qui sont en danger. Plus de lits, un personnel exsangue, des salaires de misère… Notre série montre l'envers du décor, ainsi que les fissures derrière la hiérarchie, un peu comme la série Hippocrate.

Quel souvenir conservez-vous du tournage ?
Je déteste les hôpitaux. A chaque fois que j’y suis allée, j’ai perdu un être cher. Juste avant le tournage, mon papa a eu un souci de santé. Je n’ai cessé de penser à lui pendant ces trois mois. J’étais dévastée. Au départ, j’avais peur de ne pas arriver à pleurer ; en fait, je n’arrivais pas à m’arrêter. Je me disais que chaque patient pouvait être mon père. J’ai été comme Florence, embarquée dans un ascenseur émotionnel qui m’a totalement vidée. Il faut dire que je tournais le film Ducobu 3 en même temps en Belgique et c’était intense physiquement. J’ai peur de ce que je vais découvrir. C’est un saut dans le vide pour moi. Les deux réalisateurs, Oscar et Nicolas, ont été de bons conseils et m'ont encouragée. Ils voyaient que je n’étais pas dans mon élément naturel, loin du rythme de la comédie. Ils m'ont confié qu’ils avaient aimé mon investissement.  

Conservez-vous en mémoire une scène particulière ?
J’ai eu beaucoup de plaisir à jouer avec Renaud Roussel. Notre première séquence était une dispute et une réconciliation. J’ai eu des frissons et des larmes comme si je le connaissais depuis toujours ! Ma scène la plus dure émotionnellement a été avec Michel Jonasz (formidable être humain, acteur et chanteur). Je pleure en y repensant. Nous avons eu une magnifique discussion, très spirituelle. J’ai aussi adoré voir les débuts de Fauve Hautot, une très bonne actrice dramatique. Je lui ai donné des conseils, exactement comme l’aurait fait Florence. C’est tellement important de s’entraider entre actrices, tellement rare aussi. Je déplore le manque de sororité dans ce milieu.

Quels sont vos projets ?
Je joue une maman déjantée dans Ducobu 3, réalisé par Elie Semoun, en salles le 5 février. Le 25 mars sort Divorce Club de Michaël Youn. Et en mai, je serai dans Uman, de Xavier Durringer, une comédie où je fréquente un robot. J’ai aussi plusieurs projets de tournage que je garde secret pour le moment !