H24 - Interview de Barbara Cabrita

H24 - Interview de Barbara Cabrita

publié par Aurélie Binoist le 14/01/2020
«De vrais héros»
Presque 10 ans après «R.I.S.», Barbara Cabrita renoue avec un rôle récurrent. Dans «H24», elle est Sofia, mère de famille et épouse dévouée qui reprend son travail d’infirmière après trois années à s’occuper de sa fille. Un retour qui ne sera pas sans conséquence sur sa vie privée…
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Avec «H24», vous revenez dans une nouvelle série…
Oui, c’est un choix de cœur. Les scénarios m’ont beaucoup plu, tout comme travailler avec le réalisateur Nicolas Herdt et ces belles partenaires de jeu. Et ces dernières années, j’ai l’impression qu’il y a eu une vraie métamorphose dans la création télévisuelle française qu’il s’agisse du texte, du jeu, de la réalisation, de la lumière… En plus, j’étais ravie de renouer avec TF1 après Coup de foudre sur un air de Noël et Les innocents. Nous travaillons en confiance avec la chaîne et c’est très agréable.

Qu’avez-vous aimé dans les scénarios ?
J’ai trouvé qu’ils étaient décalés. La version finlandaise est beaucoup plus «trash», et pour faire passer des choses politiquement incorrectes dans notre culture, il a fallu les adapter… sans pour autant les policer ! La série soulève des sujets de société, parle de sexualité de manière décalée, aussi bien dans les cas médicaux évoqués que dans le traitement des personnages principaux. Ces quatre femmes sont très différentes. On peut se retrouver en chacune d’elles. Elles ont aussi des vies tourmentées et des souffrances mais font avant tout preuve d’une grande force. L’être humain a une capacité d’adaptation et de résilience assez étonnante. Elles en sont de beaux exemples !

Qui est Sofia ?
Sofia est une femme curieuse mais sa curiosité a été un peu endormie par sa situation familiale. Elle a arrêté de travailler pendant trois ans pour s’occuper de sa fille et s’est enfermée dans l’image de la femme au foyer. Mère et épouse heureuse, elle s’est un peu oubliée dans ce petit cocon de manière assez insidieuse. En reprenant le travail, elle rencontre un chirurgien qui croit en elle et la pousse à prendre des initiatives. Elle se rend compte qu’elle est capable d’agir sur un spectre plus large que sa cellule familiale. Lorsqu’elle veut sortir de sa zone de confort et changer de parcours professionnel, son couple va commencer à vaciller. J’ai vraiment aimé voir éclore ce personnage dans sa prise de conscience.

Qu’avez-vous cherché à lui apporter ?
Sofia a beaucoup de valeurs assez claires pour elles qui la guident et la sécurisent. Elle ne sort pas du cadre, ce qui peut la rendre assez droite, peut-être même trop. En ajoutant à ce trait de caractère du peps et de la légèreté, j’ai voulu garder cette particularité et j’ai proposé de faire un mix des deux pour apporter plus de couleur au personnage. Ce n’est pas parce que l’on a des convictions que l’on est ennuyeux. Au contraire, avoir des principes tout en étant lumineux et drôle les rend bien plus forts. Sofia s’étonne et s’enthousiasme, elle découvre de nouvelles choses et sort de ses principes par l’émerveillement qui la caractérise. Du coup, ses convictions deviennent touchantes car elles la protègent de ses peurs.

Comment vous êtes-vous préparée pour ce rôle d’infirmière ?
J’ai suivi un stage de plusieurs jours aux urgences de l’hôpital d’Aulnay-sous-Bois, chaperonnée par Fred, une femme extraordinaire. Je suis arrivée en lui disant : «Je te préviens, j’ai la phobie du sang !» Un jour où tout était calme, les urgences ont reçu un appel pour un accident de la route. Fred ne connaissait pas les circonstances exactes mais elle m’a dit que je vivrai ce genre d’expérience une seule fois dans ma vie. J’ai donc décidé d’y aller avec le camion du SMUR et je suis arrivée sur un accident très grave et impressionnant entre deux camions sur l’autoroute. Un des conducteurs était encastré dans l’habitacle. Il y avait 50 km de bouchons, une centaine de pompiers sur place, des témoins de la scène faisaient des malaises… Je pensais que j’allais moi aussi m’évanouir mais j’ai tenu le choc. Comme j’étais habillée en uniforme, on me prenait pour une infirmière. J’ai essayé d’aider du mieux possible. Se retrouver face à une telle violence et à la mort est très impressionnant. Je pensais que face à un tel chaos, il y aurait une forme de panique, de précipitation, peut-être des erreurs. Mais l’attitude des médecins et des pompiers a été admirable. Je les ai trouvés d’un calme et d’une précision impressionnants. J’ai également assisté à une opération. Voir tout le protocole mis en place est vraiment rassurant. Ce stage a été une magnifique expérience personnelle.

A-t-il fait évoluer votre vision du monde médical ?
Depuis que je suis allée en intervention avec les médecins, les infirmiers et les pompiers, je les vois comme de vrais héros. J’ai assisté à des choses extraordinaires qui constituent leur quotidien. J’ai été littéralement bluffée. Pour faire ce métier, il faut développer une force insoupçonnée. Voir agir tous ces professionnels admirables remet pas mal de choses en question. Je crois que globalement, on ne croit pas assez en nos capacités humaines et cela nous maintient dans un état assez soumis. On entend souvent parler du milieu médical en termes négatifs, mais ils font des choses merveilleuses avec le peu de moyens dont ils disposent. Après des gardes de 36h, il est normal que des erreurs surviennent, ce ne sont pas des surhommes ! Il leur faudrait plus de moyens. On parle de vies humaines, il est urgent d’agir au niveau politique pour l’hôpital public.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?    
Il y avait le côté médical mais surtout des histoires personnelles denses qui nous demandaient d’être dans une cohérence et une continuité émotionnelle. Et sur huit épisodes crossbordés, il fallait garder cette continuité intacte, savoir en permanence où en était notre personnage dans ses relations avec les autres, ce qui s’était passé la scène précédente. C’est un travail que j’aime faire car il demande beaucoup de concentration et de réactivité. Mais sur le plateau, tout s’est très bien passé avec les filles. Nous étions vraiment différentes, ce qui a rendu ce tournage très intéressant. Nous avons aussi travaillé avec deux réalisateurs au tempérament et aux méthodes de travail complètement différents. C’étaient de belles surprises.

Vous souvenez-vous d’une scène particulière ?
Je me rappelle d’une séquence avec Pascal Légitimus venu en guest. Il est tellement subtil dans son jeu et son humour. J’ai énormément ri. Dans un tout autre registre, j’ai été touchée par la préparation d’un épisode à la fin de la série où mon personnage traverse un moment particulièrement lourd dans sa vie personnelle. C’était très fort à jouer.