2020 Le Pari(s) des Enfoirés - Interview de Patrice Blanc, Président des Restos du Coeur

Restos du Coeur

2020 Le Pari(s) des Enfoirés
Vendredi 6 mars à 23:00

2020 Le Pari(s) des Enfoirés - Interview de Patrice Blanc, Président des Restos du Coeur

publié par Vanessa Vincent le 07/02/2020
«Les inégalités ne cessent d’augmenter»
«Pour lutter contre la pauvreté, à chacun d’être au rendez-vous !» Tel est le mot d’ordre donné par Patrice Blanc, Président des Restos du Cœur, à l’occasion du coup d’envoi de la 35e campagne, donné le 29 novembre dernier. En ce début d’année marqué par un contexte économique et social délicat, Patrice Blanc appelle encore et toujours à la mobilisation collective et à la générosité de tous pour poursuivre l’unique raison d’être des Restos : venir en aide aux plus démunis. Rencontre.
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Quel premier constat faites-vous en ce début d’année ?
Nous devons fondamentalement accroître nos ressources car malheureusement, le nombre de personnes accueillies aux Restos du Cœur n’a pas baissé, bien au contraire. Ce fut notamment le cas l’été dernier et les premières semaines de la campagne d’hiver montrent que nous sommes à un niveau du même ordre que l’an dernier, soit 900 000 personnes accueillies. Cette augmentation traduit deux données essentielles : la pauvreté existe toujours de façon majeure dans notre pays et les inégalités ne cessent d’augmenter. Face à ce constat alarmant, nous avons prioritairement besoin de ressources financières soit sous forme d’espèces sonnantes et trébuchantes avec lesquelles nous pouvons procéder à des achats, soit sous forme d’aide alimentaire. Les Français vont ainsi pouvoir aider l’association le week-end du 6 au 8 mars lors de notre grande collecte alimentaire annuelle organisée à la sortie des grands super et hypermarchés de la moyenne et grande distribution, à travers toute la France.

Une pauvreté aux multiples visages s’est dessinée dans notre pays. Quelle est-elle ?
Nous voyons toujours autant de familles monoparentales, essentiellement des mamans accompagnées de leurs jeunes enfants, pousser la porte des Restos du Cœur. Les jeunes, au sens large du terme, demeurent fragiles. Voilà ce qui nous a amenés à ouvrir un nouveau centre en Seine-Saint-Denis, situé près de la faculté de Villetaneuse. De nombreux jeunes travailleurs vivent de petits boulots, de missions espacées et n’échappent pas à la précarité. En France, même si le système peut être amélioré, quelques filets de sécurité existent pour les jeunes à partir de 25 ans, notamment le RSA. Mais en-dessous de cet âge, il n’y a quasiment rien alors que leur situation est préoccupante. Dans le cadre de la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté, un projet a vu le jour : mettre en place un Revenu universel d’activité, mais cette possible réforme reste pour l’heure hypothétique. En milieu rural, les retraités, en particulier les personnes isolées, demeurent touchées par la précarité. Cela nous a, par exemple, incités au début du mois de janvier, à mettre en place un centre itinérant dans la Haute-Vienne, à partir du centre de Limoges, pour aller dans les zones rurales où il n’y a pas d’antennes des Restos du Cœur. A ce jour, une trentaine de départements ont fait de même afin de ne laisser personne sur le bord du chemin.

Le mouvement social entamé le 5 décembre contre la réforme des retraites a-t-il significativement impacté le monde associatif ?
La grève a certainement eu un impact sur les dons. Traditionnellement, le mois de décembre donne lieu à une grande concentration des dons, grâce notamment à l’aspect fiscal avant le 31 décembre pour les personnes assujetties à l’impôt sur le revenu. Or, nous avons constaté une baisse des dons. Nous avons émis l’hypothèse d’un lien avec les préoccupations des Français autour de la question des retraites et de leur avenir. Cela nous a conduits à lancer des appels à travers les médias dès le 23 décembre car il nous manquait, par rapport à notre budget prévisionnel, l’équivalent de deux semaines de distribution alimentaire. Notre appel a heureusement été entendu. La situation n’était clairement pas dûe à une désaffection des Français pour les Restos du Cœur, loin de là, mais ils avaient la tête ailleurs. Cela n’a rien à voir, mais nous avions connu un phénomène de même nature peu après les attentats, où tout s’était arrêté. Pour le moment, nous relevons un peu la tête financièrement parlant mais en ce début d’année, la situation demeure très fragile car nous sommes au pied du mur avec les fonds européens.

Justement, comment l’Europe peut-elle être au rendez-vous ?
Le FEAD (Fonds Européen d’Aide aux plus Démunis) représente plus d’1 repas sur 4 distribué par les Restaurants du Cœur. Il bénéficie à plus de 15 millions de personnes en Europe : c’est un outil indispensable de lutte contre la pauvreté. C’est avant l’été que doit se décider le budget européen. Hélas, les premiers chiffres qui circulent sont inquiétants. S’ils s’avéraient définitifs, ils seraient dramatiques car on assisterait, au pire, à une division par 4 du budget européen. J’espère que nous n’en n’arriverons pas là ! En tout cas, tous les efforts sont faits en ce sens et nous avons déjà eu un signal positif : le nouveau président du Parlement européen, David Sassoli, est venu visiter l’un des 2 000 centres d’activités des Restos du Cœur le 7 octobre, lors de son premier déplacement en France, avant même de rencontrer le Président de la République. Lors de sa venue, il a rappelé à l’ensemble du monde associatif son soutien au FEAD et sa volonté de mobiliser le Parlement dans la défense d’un budget à la hauteur des besoins.

Les élections municipales des 15 et 22 mars prochains sont-elles l’occasion de lancer un nouvel appel à la mobilisation des collectivités locales ?
Absolument. Les Restos du Cœur ont pour position de ne pas appeler à voter pour une liste en particulier. En revanche, nous devons sensibiliser encore et toujours les collectivités locales et tous les candidats sur l’importance des populations démunies dans leurs communes car nous rencontrons des difficultés à exercer nos activités dans certaines municipalités. Des maires vont même jusqu’à prétendre qu’il n’y a pas de pauvreté dans leurs communes et refusent l’accès aux centres itinérants alors que la réalité est tout autre. Par ailleurs, si la majorité des mairies nous aide en prêtant des locaux à titre gracieux, certaines refusent et c’est anormal. Notre cahier de doléances est à la hauteur de nos besoins.

Cette année, les concerts des Enfoirés ont eu lieu à l’AccorHotels Arena, à Paris. Quelles sont les spécificités de l’association départementale parisienne ?
2 500 bénévoles sont mobilisés tous les jours dans 7 centres de distribution. On dénombre également 2 Relais du Cœur, 4 Restos Bébés, 5 centres de repas chauds, 9 sites de distribution de repas chauds par camions et 2 maraudes. Les activités pour les gens de la rue occupent également une place importante dans notre organisation. Enfin, malgré le soutien de la ville de Paris et du conseil régional, notre antenne manque cruellement de locaux et entrepôts intra-muros et en région parisienne.

Peut-on imaginer les Restos du Cœur sans les Enfoirés ?
C’est impossible ! Les Enfoirés représentent 7% des recettes des Restos du Cœur, soit 13,5 millions d’euros. Leur engagement est essentiel. Le soutien et la fidélité du monde de la musique est une belle récompense. Les artistes ont toujours été au rendez-vous et ils le seront encore cette année !

QUELQUES CHIFFRES CLÉS (2018 - 2019)

900 000 personnes accueillies, dont 30 000 bébés.

133,5 millions de repas distribués.

73 000 bénévoles.

2 013 centres d’activités.

1,7 million de contacts auprès des gens de la rue.

3 400 personnes hébergées en urgence.

2 370 salariés en réinsertion accompagnés.

4 280 personnes accompagnées dans leurs recherches d’emploi.

5 000 départs en vacances.

1 056 espaces livres.

104 chantiers d’insertion.

POUR AIDER LES RESTAURANTS DU COEUR

Rendez-vous sur www.restosducoeur.org
ou adressez vos dons par courrier à l’adresse suivante :
Les Restaurants du Cœur - 42, rue de Clichy - 75 009 PARIS

Vous pouvez aussi aider l’association autrement :

  • En donnant du temps
  • En collectant des dons
  • En devenant entreprise mécène
  • Par le legs, la donation et l’assurance-vie

Par la loi Coluche