LE BAZAR DE LA CHARITÉ - LES COSTUMES...

LE BAZAR DE LA CHARITÉ - LES COSTUMES...

publié par Aurélie Binoist le 28/10/2019
«Apporter un côté rock’n’roll»
Valérie Adda, la chef costumière, a fourni un travail titanesque pour faire revivre par les costumes le Paris du XIXe siècle. Elle n’a pourtant pas hésité à prendre quelques libertés avec l’époque. Explications…
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Une logistique impressionnante
Travailler sur cette série a été un vrai bonheur parce qu’elle réunissait toutes les couches sociales de la fin du XIXe : aristocratie, bourgeoisie, anarchistes, militaires, pompiers, mais aussi tous les petits métiers populaires… Il y avait environ 1 500 tenues entières et quasiment 200 ont été exclusivement fabriquées pour brûler. Tous les comédiens qui ont tourné au Bazar avaient au minimum 2 costumes, 4 pour ceux qui prenaient feu. Nous avions à disposition un local de 500 m2 pour réunir tous les vêtements. J’ai eu 14 semaines de préparation mais pour lancer la fabrication des pièces, j’ai dû commencer très en amont. Après avoir fait les maquettes, j’allais chercher les tissus. Ensuite, l’atelier de couture prenait le relais pour faire les patronages et je revenais pour les essayages. C’était une énorme logistique ! Nous sommes partis sur la base d’une dizaine de modèles femme et de sept modèles homme, déclinés dans différents tissus. Chaque modèle était ensuite retravaillé avec des accessoires pour que les téléspectateurs ne s’aperçoivent pas qu’ils étaient réutilisés.

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Des costumes d’époque… et des stocks de cinéma
Sur un stock de 1 200 pièces, on ne peut pas tout créer. Beaucoup de pièces d’époque ont été chinées aux puces, chez les collectionneurs particuliers, dans les stocks anciens… Mais trouver les bonnes tailles était souvent compliqué car tous les vêtements étaient faits sur mesure au XIXe siècle et les gens étaient plus petits et plus fins. J’ai cherché en priorité des habilleuses qui avaient des formations de couturière pour les ajuster. En plus, sur les costumes d’époque, les matières sont fragiles et ils doivent régulièrement être remis en état. Nous avons également loué beaucoup de costumes en France mais aussi en Italie, en Angleterre et en Espagne. On trouve toutes les pièces des films cinéma européens. Nous pouvions les transformer à notre guise à partir du moment où nous pouvions les remettre dans leur état d’origine ensuite.

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De la réalité et de la liberté
J’avais un énorme dossier de documentation avec des photos d’époque. Je les laissais accrochées au mur pour que les habilleurs s’en inspirent et que tout le monde se mette dans l’ambiance. J’ai beau avoir des connaissances, j’avais la sensation d’être en formation complète pour tout réapprendre, du bijou à la lingerie, en passant par la chaussure… En plus, la mode change rapidement, en moyenne tous les 20 ans. J’inspectais les costumes jusqu’au dernier moment car c’est le détail qui fait la vraie vie. Même les vêtements qui venaient d’être créés passaient entre les mains d’une personne qui les patinait. Un costume ne doit pas donner l’impression de sortir d’un atelier. Dans le cas contraire, mon travail est raté. Tout le monde adore les films en costume, ils apportent de la magie. Mais j’ai eu envie que l’ensemble soit un peu désempesé. Nous avons conservé les habits d’époque mais nous ne faisions pas un docu-fiction. J’ai laissé des femmes en cheveux, enlevé des cols… D’ailleurs, à l’époque, certains petits bourgeois avaient juste une chemise fermée et un bouton de col, une tenue considérée comme plus moderne. C’était important d’apporter un petit côté rock’n’roll à cette fiction. Nous avons donc pris des libertés. C’est aussi une façon de faire vivre le vêtement. L’essentiel sur un film, c’est que les costumes accompagnent l’histoire et le caractère de chaque personnage. Ces ajustements étaient l’objet de beaucoup d’échanges avec le réalisateur et l’équipe. Et notre objectif principal a toujours été le même : s’amuser !