C'est quoi cette question ? - Saison 2 - Interview de Benoît Masocco

C'est quoi cette question ?

Jeudi 18 juillet à 20:45

C'est quoi cette question ? - Saison 2 - Interview de Benoît Masocco

publié par Sophie Ricaume le 25/06/2019
«La pire des questions est celle qui n’est pas posée»
Fort de son succès avec les 20,3 millions de Français rassemblés sur TF1 l’année dernière pour son lancement, le magazine court «C’est Quoi Cette Question ?», produit par CAPA Presse et porté par TF1 Initiatives, revient boosté pour une nouvelle saison dès le 13 Juillet. Les thèmes sont aussi variés que les discriminations nombreuses, car, malgré le chemin parcouru, les préjugés restent bien vivaces. Pour Benoît Masocco, le réalisateur et producteur, ouvrir le dialogue est la meilleure arme pour combattre les clichés sur la différence… Zoom sur un format original, dans la forme comme dans le fond.
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Lutter contre les discriminations pour bien vivre ensemble, est-ce plus que jamais un sujet d’actualité ?
Le combat des minorités n’a jamais été aussi fort et exposé. Plus leur visibilité devient grande, plus elles sont victimes de stigmatisations et d’attaques diverses. C’est donc plus que jamais un sujet d’actualité. En effet, malgré une avancée résolument positive, notamment du point de vue de la loi où les discriminations sont de plus en plus condamnées, ressurgissent çà et là dans notre société la xénophobie, l’antisémitisme, les actes de LGBTphobies. C’est tout le paradoxe. Notre rôle en tant que média est de tout mettre en œuvre pour balayer ces clichés. La meilleure arme reste de dialoguer sans tabou. C’est l’ADN du programme.

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Benoît Masocco|(c) SViguie

Quel bilan faites-vous de la saison 1 ? Est-il conforme à vos attentes ?
Avec plus de 20 millions de téléspectateurs touchés au total et des pics sur certains épisodes à 4,6 millions, nos attentes ont largement été dépassées ! Lancer un programme où l’on parle sans filtre était inédit en France, qui plus est sur une chaîne aussi puissante que TF1. C’était un pari génial, mais nous y allions avec prudence, au risque d’être mal compris, récupérés, surinterprétés ou critiqués. Je dois reconnaître que les premiers jours de diffusion, j’étais un peu fébrile. Je scrutais les réseaux sociaux en permanence, mais pas une critique négative. A l’inverse, nous avons eu de très nombreux retours positifs. Mon autre crainte était l’engagement moral vis-à-vis des participants qui nous ont fait une confiance aveugle, et qui auraient pu être pointés du doigt. Mais quelques semaines après la diffusion, tous étaient unanimes : l’impact d’une prise de parole sur une chaîne de grande écoute leur a permis de toucher un cercle plus large et de parler de leur différence ouvertement. Même à l’intérieur de leur cercle, ça leur a permis d’ouvrir des points de dialogue et d’enfin soulever le couvercle des non-dits.

Etes-vous satisfait d’avoir fait le pari d’un format court d’1 minute, plutôt que les 30 minutes du format australien ?
J’ai toujours pensé que les grands documentaires, aussi indispensables soient-ils, prêchent des convertis. Le public ciblé est déjà concerné ou sensibilisé. Le fait que ces pastilles se retrouvent avant ou après le JT est une formidable fenêtre d’exposition. Toucher plusieurs millions de personnes en même temps permet de pénétrer les esprits et d’ouvrir la curiosité. La durée d’une minute dissuade de tout zapping. A minima, ça soulève des questions et apporte quelques réponses, et a maxima, les plus curieux iront voir les versions plus longues sur MyTF1 et les réseaux sociaux. Il y a une vraie complémentarité entre antenne et réseaux sociaux.

Quelle cible visez-vous en priorité ?
Nous visons la cible la plus large possible. Ceux que l’on touche doivent être le plus éloignés du sujet. Lorsque l’on parle des seniors, j’ai envie de toucher les plus jeunes qui les ignorent parfois. Quand je parle des transgenres, j’aime à penser que ça peut toucher des personnes qui n’en ont jamais vu ni entendu parler. Ce qui fait peur, c’est l’inconnu. Nous faisons donc avec ce programme le pari inverse. Nous montrons des gens hauts en couleur, dotés de sacrées personnalités, en usant de mots qui clignotent !

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Les quatre thèmes de cette saison sont : les seniors, en surpoids, les malvoyants/non-voyants et les transgenres. Pourquoi ces choix ?
Nous cherchions à toucher toutes les formes de discriminations et de clichés. Aborder le sujet intime et sociétal de la transidentité, celui du handicap avec les malvoyants/non-voyants, ou encore la condition des seniors, à laquelle nous serons tous confrontés un jour ou l’autre avait du sens. Après la saison 1, nous avons reçu quantité d’appels d’associations souhaitant mettre en avant leurs causes. Ce ne sont malheureusement pas les thèmes qui manquent. Nous aurions pu faire une émission hebdomadaire, tant les discriminations sont nombreuses…

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Quels profils recherchiez-vous pour cette nouvelle saison ?
Cette année, nous avons décidé de donner la parole à des anonymes uniquement, face à un prompteur avec les questions qui défilent, pour une plus grande proximité. Imaginez que cela puisse être votre voisin, un monsieur-tout-le-monde qui vous parle les yeux dans les yeux. Nous cherchions également des intervenants abordant de manière positive leur différence, faisant preuve d’un certain recul et disposant de réponses argumentées.

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Comment les avez-vous mis en confiance pour se livrer face caméra ?
Tous sans exception avaient des appréhensions à s’exprimer devant une caméra. Le plus délicat était d’arriver à créer une bulle dans laquelle ils se sentent à l’aise. Nous avons volontairement choisi un petit studio photo, plutôt qu’un studio TV et tournions en équipe réduite. Les cadreurs se tenaient en retrait et je me faisais le plus discret possible, derrière eux.

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Comment avez-vous préparé les questions ?
L’exercice des questions est assez ludique. C’est tout sauf un travail journalistique. Nous avons réuni au bureau un petit groupe de personnes, plutôt jeunes, et avons mélangé tous nos clichés et toutes nos idées reçues. J’ai demandé à ce qu’il n’y ait aucune censure, que chacun dise les choses les plus horribles lui passant par la tête. Si la même question revenait plusieurs fois, c’est qu’on tenait quelque chose ! Je dois avouer ma gêne au moment où les témoins découvrent certaines questions sur le prompteur… Je me disais : «comment peut-on poser des questions pareilles !». Mais le but, c’est que les intervenants puissent répondre aux questions les plus idiotes. La pire des questions est celle qui n’est pas posée, parce que c’est celle qui va générer le plus de fantasmes et d’idées reçues.

Quelle est votre actualité ?
Mon documentaire L’Etincelle, une histoire des luttes LGBT vient d’être diffusé sur la chaîne Histoire. Par ailleurs, je continue mon travail de producteur à CAPA avec de formidables projets de documentaires sur des sujets très variés pour de nombreuses chaînes. En parallèle, je suis en train de préparer mon premier long métrage, un film choral qui traite des nouvelles formes de rencontres amoureuses, que nous espérons tourner dans quelques mois. Enfin, je peaufine ma troisième pièce de théâtre.

 

Quelques chiffres de la Saison 1 de «C’est quoi cette question ?» :

  • Pic d’audience de 4,6 millions de téléspectateurs
  • Part d'audience moyenne de 22%
  • Le programme a rassemblé 20,3M de français au global des 33 diffusions (±35% des Français)