Section de Recherches S13 - Interview de Franck Sémonin

Section de Recherches S13 - Interview de Franck Sémonin

publié par Sophie Ricaume le 11/02/2019
"Je m’appuie sur une part de moi pour jouer Lucas"
Toujours aux côtés du capitaine Bernier, le lieutenant Lucas Auriol est son ami, sa boussole parfois. Mais dans cette saison, c’est lui qui va avoir besoin d’un mentor, car en amour, il est un peu perdu. Ce personnage entier, au grand cœur, n’est pas si éloigné du comédien qui l’interprète, Franck Sémonin. Un homme sensible aux autres, sous des airs de bad boy.
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La saison 13 commence en Nouvelle-Calédonie. Comment s’est passé votre premier contact avec la tribu Kanak ?
Une tribu Kanak joue son propre rôle en ouverture de saison. Après 33 heures d’avion, nous nous sommes retrouvés, un peu déroutés, au bord d’une route s’enfonçant dans la jungle. Entre les huttes, les peintures tribales et les voitures carbonisées, l’ambiance était très particulière... Nous devions attendre, avant d’être autorisés à pénétrer sur leur territoire. Je me souviens avoir entendu un son retentir depuis une colline voisine et soudain, deux groupes d’hommes vêtus de pagnes arborant des peintures traditionnelles entamer un chant guerrier pour venir à notre rencontre. Nos cœurs se sont emballés d’un coup tant c’était impressionnant ! On nous avait parlé de «la coutume», mais j’étais à mille lieues de me douter de ce qui nous attendait ! Chez les Kanaks, toute présentation est un moment d’échange très codifié. La tribu s’aligne face à nous, de part et d’autre d’une paillasse sur laquelle chacun dépose des objets personnels, en guide de présent. Pour ma part, j’ai offert des T-shirts de guitare électrique et des balles de golf (mes passions en dehors de la comédie). Ensuite, nous devions expliquer nos intentions. Le réalisateur et la productrice -qui est calédonienne- ont pris la parole. Face au chef et à cet instant très fort où chaque geste a de la valeur et chaque regard compte, nous avons tous pris une leçon de philosophie. C’était fantastique !

 

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Le tournage terminé, vous les avez quittés à regret ?
Je dois reconnaitre que lors de la «coutume d’au revoir», nous étions très émus après un mois à leurs côtés. Comme ils nous avaient entonné une chanson à notre arrivée, nous avons décidé de leur en dédier une à notre départ. Nous avons revisité les paroles d’une chanson de Nino Ferrer, «le Sud». Peu de gens savent que Ferrer parlait du sud de la Calédonie. Nous nous sommes dit au revoir à l’envers. Le chef nous a fait défiler en file indienne et chaque personne s’est salué en se touchant. C’était une vraie séparation, nous étions effondrés. Nous sommes désormais adoptés chez eux et pouvons revenir quand on le souhaite.

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Les rôles de flics ou de bad boys vous collent à la peau, non ?
Je n’ai pas le choix, c’est flic ou voyou ! Déjà sur TF1, pour mon premier rôle dans Julie Lescaut, je jouais un violeur… C’est dire ! Je pense que je n’aurais jamais un rôle de jeune premier un peu lisse. J’en ai fait le deuil. Ça me va très bien comme ça.

Avez-vous vu évoluer le personnage de Lucas ?
Il a forcément mûri pendant ces six années. La vie avec son fils l’a changé. Ses obligations de flic le mettent en difficulté pour s’occuper de son enfant correctement. Rappelons qu’il partage la garde de son fils avec l’ex-compagne de la mère d’Eliot et qu’elle cherche à s’accaparer l’enfant. Tout ceci créé des divergences de point de vue et la bagarre fait rage entre eux. Ce qu’il vit avec Rose le change aussi. Dans cette nouvelle saison, il retrouve Sara Casanova, ce qui lui fait délaisser un temps Rose. Il ne sait pas trop où aller. C’est un éternel amoureux et un éternel célibataire. Il est sincère à chaque fois qu’il est séduit par une femme, mais le fait d’être flic -son atout charme au départ- peut vite devenir un handicap pour qui veut partager sa vie.

Quelles qualités et quels défauts partagez-vous avec votre personnage ?
Je me suis mis au théâtre très tard, à l’âge de 30 ans. N’ayant pas suivi de cours au conservatoire pour pratiquer mon métier, je m’appuie sur une part de moi pour jouer Lucas. Chacune de mes différentes facettes m’aide à interpréter une situation. Je mets tout au service du théâtre. Les tares de Lucas sont les miennes, ses qualités aussi.

Qu’est-ce qui est le plus difficile à jouer ?
Faire rire, je trouve ça extrêmement compliqué. Il faut avoir un ressort comique naturel, comme Coluche ou Bacri. Je crains malheureusement de ne pas avoir les armes nécessaires pour la comédie. Ma femme me le répète assez ! J’en ai fait mon deuil. Pour ce qui me concerne, le plus éprouvant c’est d’aller chercher des émotions. Je suis assez facilement touché. Je me souviens d’une scène où mon fils, Eliot, et Sara étaient prisonniers d’un incendie au commissariat. Il fallait que j’aille les sauver. Je devais me conditionner pour entrer dans le bâtiment, réellement en flammes. J’étouffais, j’étais stressé et je devais faire sortir Sara ainsi que mon fils, que je ne trouvais pas. La seule façon de bien jouer cette scène, c’était d’imaginer que mes 3 enfants étaient à l’intérieur. Ça m’a pris aux tripes et j’ai eu du mal à en sortir ensuite, comme un conditionnement.

En dehors de votre métier de comédien, vous êtes engagé dans une association caritative «Sourire et partage»…
J’ai eu un jour l’occasion de rencontrer Frédéric Gallet, président de l’association Sourire et Partage. Il a souffert de n’avoir pas été accompagné par l’hôpital qui soignait son fils, atteint d’une leucémie, tout au long du traitement de sa maladie. Bien que ce dernier s’en soit sorti, il a décidé de fonder une association qui a pour but de faire venir des gens connus du monde du sport (Olivier Giroud, Rolland Courbis), de la chanson (François Feldman), une fois par mois à l’hôpital pour sourire aux enfants malades et partager un peu de temps avec les parents. Il m’a sensibilisé à son association. J’ai proposé de plutôt faire venir des mômes sur le tournage avec leurs parents, pour les sortir de l’hôpital. L’idée c’était d’apporter une parenthèse de légèreté. Je suis ravi de soutenir cette association aujourd’hui, mais le revers de la médaille c’est que nous sommes confrontés à leur disparition. La charge émotionnelle est lourde. Cet engagement associatif est important pour moi. Dans nos métiers, il faut garder les pieds sur terre. Je prendrais toujours du temps pour les autres. L’humain c’est important.