Prof T - Interview de Mathieu Bisson

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L'âge tendre
Jeudi 22 février à 21:00

Prof T - Interview de Mathieu Bisson

publié par Aurélie Binoist le 16/01/2018
«Un subtil mélange entre réalisme et fantaisie»
Professeur à l’université, Julien Tardieu se trouve mêlé à une enquête criminelle et devient consultant pour la police auprès de la jeune Lise Doumère. Totalement investi dans son rôle, Mathieu Bisson interprète avec finesse cet homme à la personnalité complexe mais attachante dans cette série policière originale emprunte de fantaisie.
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Qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?
Je n’avais encore jamais joué un héros de série. Incarner un personnage principal est une vraie responsabilité et représente un enjeu un peu angoissant mais surtout très excitant ! En lisant le scénario, j’ai tout de suite senti une familiarité avec le personnage et pensé que je pouvais défendre quelque chose avec ce rôle. J’ai aussi trouvé les enquêtes intéressantes, avec des problématiques contemporaines.

Comment décririez-vous votre personnage ?
Julien Tardieu est un professeur de criminologie brillant et atypique dans sa manière d’enseigner et dans son rapport avec ses étudiants. C’est un personnage singulier, toujours à vif et pour lequel tout est vital. Il fait tout à 200 % et dit ce qu’il a à dire, sans rien filtrer. Atteint du toc d’hygiène (bacillophobie), il est angoissé, se lave les mains longuement pour se sécuriser et porte des gants en latex la plupart du temps... Cette crainte des bactéries participe plus largement d’une peur de l’intrusion en général et raconte sa peur des autres, du contact. Et comme souvent avec les grands angoissés, il a une vie intérieure très riche qui le dépasse parfois. Dans des sortes de visions, il rencontre son double fantasmé, le Julien détendu qu’il voudrait sûrement être. Elles apportent de la fantaisie à la série. Ça m’a beaucoup amusé de jouer un double totalement à l’opposé. C’était un peu la récré quand je devais le faire.

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Diriez-vous qu’il a un côté asocial ?
C’est vrai qu’il peut se montrer en apparence odieux. Cela lui permet de mettre les autres à distance. Cela évite les perturbations car ce personnage est constamment sous contrôle. Mais il voit aussi ce que les autres ne distinguent pas. Il est très intuitif. Pendant les interrogatoires, il se sent familier avec ceux qui sortent du cadre et «dysfonctionnent». Avec eux, il sait être très empathique. Il connaît aussi les grandes lois du comportement humain et toutes sortes de données sociologiques peu connues... Jouant à la fois sur le registre émotionnel et rationnel, il résout les enquêtes comme personne.

Il peut aussi se montrer assez drôle !
Surtout malgré lui ! En fait, il se met lui-même dans des situations compliquées. Et surtout, il ne réagit pas comme la moyenne des gens ce qui en fait un personnage inattendu et imprévisible. Ce décalage crée du sourire.

Comment vous êtes-vous approprié ce personnage ?
Comme souvent, ce que l’on voit à l’écran est un mélange mystérieux entre soi et le personnage. Quand je décrivais Julien à mes amis «odieux, associal, cérébral…», ils me disaient : « Ben, c’est toi !» C’est vrai : je sais ce que signifie vouloir tout contrôler et être perfectionniste ! Pendant la préparation du rôle, je voulais tout lire, tout voir sur les tocs, je me disais que je n’en saurais jamais assez. J’ai rencontré un psychiatre et plusieurs personnes atteintes de ces troubles. Je passe toujours par une phase de panique quand je prépare un rôle. Je perçois bien aussi ce que c’est d’être mal à l’aise avec les autres tout en ayant envie qu’ils viennent vers vous. Cela a pu me rendre cassant parfois. C’est très Prof T. Mais le défi pour un comédien est de rendre un personnage proche de soi tout en s’en différenciant. J’ai toujours peur de faire du Mathieu Bisson. Je suis d’un naturel plutôt expansif, je parle fort, vite… Pour Prof T, j’ai vraiment essayé d’être dans une économie d’énergie et de gestes.

Vous êtes-vous inspiré d’un personnage particulier ?
J’ai pensé à Monk pour la dérision, mais il manquait la gravité et il s'agit plus d'un registre de comédie. J’ai regardé Dr House, génial dans le côté odieux, mais manquant peut-être un peu de fragilité. On est plus proche du héros d’Elementary pour son côté imprévisible, avec une petite touche poétique. Mais j’ai vite abandonné les références. Elles inhibent.

«Prof T» est inspirée d’une série flamande. L’avez-vous vue ?
Oui, je trouve important d’aller à la source pour cerner l’intention de l’auteur de la série originale quand il s’agit d’une adaptation. J’ai trouvé les épisodes et les acteurs supers, avec ce petit décalage propre à la culture flamande. J’ai conservé ce qui me plaisait du jeu de l’acteur principal en ajoutant d’autres éléments qui me semblaient importants.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
C’était un personnage génial mais compliqué et exigeant. Je ne suis jamais allé sur le tournage l'esprit tranquille et totalement détendu. Je crois que je n’ai jamais travaillé autant ! Le piège était d’en faire un homme trop sombre. Avec le réalisateur Nicolas Cuche, nous avons essayé de choisir des moments où il y avait plus de lumière et de tendresse pour que l’on voit aussi le petit enfant blessé. Et puis, on a essayé de trouver le bon équilibre entre le réalisme de ce qu’il vit et la fantaisie de la fiction. Il ne s’agit pas non plus d’une série documentaire sur les tocs ! J’ai aussi eu l’impression d’avoir passé un temps fou à apprendre des textes ! Il y avait un vrai enjeu de mémorisation car c’est un intellectuel qui parle énormément et qui choisit ses mots.

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Comment s’est passé le travail avec les deux réalisateurs ?
Ils sont tous les deux très différents. Je me suis senti tout de suite très proche de Nicolas Cuche qui a réalisé les quatre premiers épisodes et avec qui j’ai eu le sentiment de faire une vraie rencontre. J’imagine que c’est parce que nous appartenons à la même famille, celle des angoissés jamais satisfaits ! Avec Nicolas et le personnage, nous formions un trio qui s’alimentait constamment. Pendant les prises, il portait même un gant en latex, comme Prof T… Ensuite, dans un tout autre style, j’ai beaucoup aimé l’enthousiasme et la légèreté que Jean-Christophe Delpias a apportée sur les deux derniers épisodes. Il sait créer un vrai climat de détente.

Comment était l’ambiance sur le plateau ?
C’est un peu cliché de dire ça mais il y avait une merveilleuse ambiance ! Jeune, spontanée et talentueuse, Fleur Geffrier (qui interprète Lise Doumère) apporte un joli contrepoint au personnage de Prof T. Son duo avec Amir El Kacem fonctionne super bien. Et je me suis très bien entendu avec Zoé Félix. J’adore son second degré et nous pratiquons tous les deux beaucoup la dérision. Quant à Jean Benguigui, je le connais depuis l’âge de 5 ans car c’est un ami de mes parents. J’ai un peu retrouvé un père adoptif sur le tournage !