Interview de Joël Dicker - La vérité sur l'affaire Harry Quebert

La vérité sur l'affaire Harry Quebert

Saison 1 - Episode 9
Mercredi 19 décembre à 21:00

Interview de Joël Dicker - La vérité sur l'affaire Harry Quebert

publié par Karelle Bourgueil le 13/11/2018
«C’est extraordinaire de voir son livre prendre vie»
Auteur du best-seller «La vérité sur l’affaire Harry Quebert», Joël Dicker se confie sur l’adaptation en série de son roman.
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Vous aviez refusé plusieurs propositions d’adaptation de votre livre. Pourquoi avoir accepté celle de Jean-Jacques Annaud ?
Grâce aux précédentes propositions, j’ai su que la sienne était la bonne ! Mon éditeur, Bernard de Fallois, disait qu’il aimerait avoir un réalisateur aussi passionné pour faire le film qu’il l’avait été pour publier le roman. Ceux que l’on avait rencontrés se posaient beaucoup de questions sur l’organisation ou la faisabilité du projet mais manquaient de passion. Avec Jean-Jacques Annaud, on a tout de suite perçu cet enthousiasme.

L’idée de départ était d’en faire un film. Quelle a été votre réaction quand vous avez su que ce serait une série ?
Sa proposition m’a semblé judicieuse car j’étais sceptique à l’idée de réussir à tout raconter dans un film. Adapter le roman en série était le seul moyen de pouvoir relater toute l’histoire, d’évoquer l’ensemble des personnages secondaires et les sous-intrigues. De plus, une série télévisée, tout comme un roman, permet des moments de pause et créé l’envie. En tant que lecteur, j’aime éprouver de la hâte à poursuivre un livre quand je dois tout à coup l’interrompre. Ce sentiment d’attente, mêlé à l’excitation, est particulièrement fort. La série télévisée, qui offre un rendez-vous chaque semaine, procure les mêmes sensations. A l’ère du binge-watching, j’étais heureux que l’adaptation de mon roman permette aux téléspectateurs de revivre ces émotions.

Comment vous êtes-vous investi dans la fiction ?
Mon rôle consistait à trouver le bon projet. J’avais donc fait ma part du travail en confiant l’adaptation à Jean-Jacques Annaud. Je n’avais pas l’intention de m’en mêler. Réalisateur et scénariste sont des métiers à part entière ; romancier en est un autre. J’aurais eu toutes les peines du monde à retranscrire mon roman en images. Une adaptation est l’occasion de plonger dans la tête d’un lecteur, en l’occurrence de Jean-Jacques Annaud, et de voir ce qu’il a vu et éprouvé. Umberto Eco avait eu cette phrase très juste pour Jean-Jacques Annaud : «C’est mon livre, c’est ton film».

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Pourquoi avez-vous assisté au tournage ?
J’étais curieux de découvrir cet univers. Il y avait jusqu’à 300 personnes sur le plateau et l’ambiance était extraordinaire. Jean-Jacques Annaud ne faisait souvent qu’une seule prise. Les acteurs en restaient stupéfaits. Il y avait une scène que je voulais absolument voir. Persuadé d’avoir le temps d’être de retour entre la mise en place et la dernière prise, je me suis absenté quelques minutes. A mon retour, c’était déjà fini ! Ils passaient à la scène suivante. 

Quel personnage étiez-vous le plus curieux de voir adapté à l’écran ?
Peut-être celui de Luther Caleb, joué par Joshua Close, car son ambiguïté est totale. Celle des autres se lève au fur et à mesure avec la découverte de leurs différentes facettes. Marcus, par exemple, jeune écrivain à succès, un peu agaçant au début, devient tout à coup l’ami fidèle et courageux. Il y a un retournement qui nous fait prendre conscience de l’ambivalence de sentiments que l’on peut avoir à son égard. Dans le cas de Luther, il n’y a jamais de retournement. L’ambiguïté est perpétuelle. Etre capable de la retranscrire à l’écran, comme Jean-Jacques Annaud et Joshua Close l’ont fait, est remarquable.

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Joshua Close (Luther Caleb)
 

Que pensez-vous du résultat ?
C’est une adaptation très fidèle, j’en suis honoré et très heureux. J’ai vraiment vu mon roman se jouer devant moi, par les dialogues, les détails, les descriptions. C’était assez extraordinaire de voir son livre prendre vie. Quand j’ai visionné les épisodes, je me suis laissé emporter par le film et par les décors comme n’importe quel téléspectateur.

Cette expérience de tournage vous donne-t-elle de nouvelles inspirations ?
Voir Jean-Jacques Annaud travailler est très inspirant. Quel enthousiasme, quel meneur d’hommes, quel savoir-faire ! Il s’est totalement consacré à ce projet. C’est un homme unique, perfectionniste, dans le beau sens du terme, qui se donne une obligation de moyens. Le voir évoluer sur un plateau est très puissant. C’est une belle expérience de vie.