Balthazar - Interview de Tomer Sisley

Balthazar

La vie en miettes
Jeudi 20 décembre à 21:00

Balthazar - Interview de Tomer Sisley

publié par Aurélie Binoist le 13/11/2018
«Ce personnage valait de l’or»
Tomer Sisley est le héros d’une nouvelle série policière, «Balthazar». Il y interprète un médecin légiste à la fois charmeur et fragile à la personnalité complexe dont il s’est tout de suite senti proche. Normal, le rôle a été écrit pour lui ! Explication avec le principal intéressé.
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Pourquoi avoir accepté de devenir le héros de cette nouvelle série ?
J’avais déjà interprété le rôle principal d’une série dans Studio Sud… il y a plus de vingt ans ! Le personnage de Balthazar m’a tout de suite plu pour trois raisons. D’abord, je trouvais extrêmement poétique et intéressant de raconter qu’il «retrouve» chaque jour chez lui sa femme décédée depuis douze ans. Ensuite, j’aimais son rapport avec Hélène, la flic avec laquelle il travaille, qui rappelle les codes de la comédie romantique. Enfin, sa personnalité m’a plu. Joueur et taquin, son côté enfantin me parle. Un brin prétentieux et sûr de lui, il a cette maladresse de ceux qui en font un peu trop. Dans son métier, il a souvent une longueur d’avance et il en est fier. J’adore une réplique d’un film de David Niven où, lorsque quelqu’un lui reproche de ne pas être modeste, il répond simplement : «Je n’ai aucune raison de l’être !» Il y a de cet esprit chez Balthazar. Il ne veut pas être pédant mais juste plaisanter. Interpréter ce genre de personnage, qui se la raconte en s’en amusant, a un côté jouissif. Dans ma vie personnelle, je peux m’amuser en employant ce ton avec mes amis.

Cet humour cache en réalité une personnalité assez mélancolique…
J’ai aussi aimé l’écart entre ce qu’il veut montrer de lui et celui qu’il est en réalité. Son personnage public est arrogant et ne montre aucune fragilité, il joue de sa séduction, mais surtout pour provoquer des réactions. Mais lorsque personne ne le regarde, ce n’est plus du tout le même homme, il n’est plus dans le jeu. A son travail, personne ne peut se douter de son histoire personnelle tragique ni de sa souffrance. Cette pudeur me parlait et me touchait énormément. Pour moi, jouer ce personnage valait de l’or.

Professionnellement, il est assez brillant…
Oui, médecin légiste de 40 ans, il est le plus jeune directeur de l’IML (Institut médico-légal) de Paris. Le fait qu’il soit jeune dans son métier en dit aussi beaucoup sur lui : sa méthode est plus en adéquation avec sa génération et il se différencie forcément des autres. Très sportif, il aime les «sapes» et a une élégance très british. J’adore ce côté. Parallèlement, c’est un épicurien qui adore la «bouffe», passer du temps en cuisine... Pour moi, ce dernier point était un peu en décalage avec le reste du personnage et me plaisait. Balthazar est clairement un mec qui brûle sa vie par les deux bouts.

Vous êtes-vous renseigné sur le métier de médecin légiste avant de commencer le tournage ?
J’ai eu la chance d’aller dans un IML assister à une autopsie… Et j’ai adoré ! Je suis le seul : Clotilde Jamin, la showruneuse, a été incapable de regarder, et Frédéric Berthe, le réalisateur des deux premiers épisodes, n’est pas resté bien longtemps non plus ! Je l’ai mieux vécu que je ne l’aurais pensé. Je le dois peut-être à mon côté scientifique. Mes deux parents l’étaient. Il me semblait important d’assister à une autopsie pour comprendre ce qu’un légiste avait en tête. Cette expérience, forte et passionnante, m’a énormément aidé pour mon rôle. Les semaines suivantes, j’y pensais tous les jours. Les légistes font entre 300 et 600 autopsies par an, cela oblige à prendre de la distance et à voir la vie d’un autre œil. Tout en désacralisant la mort, ça force à accorder plus de valeur à la vie.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
Le langage médico-légal m’a valu quelques nuits blanches ! A chaque terme que je ne connaissais pas dans mes répliques, j’allais sur des sites médicaux et je reprenais mes études ! J’ai beaucoup appris. Je ne voulais pas seulement réciter un texte par cœur mais savoir exactement ce dont je parlais. Cela me permet de mieux jouer.

Le personnage de Balthazar a été écrit pour vous. Qu’avez-vous en commun ?
Effectivement, Clotilde Jamin m’a dit qu’elle l’avait écrit en pensant à moi. J’ai trouvé amusant de voir comment elle m’imaginait ! J’ai en commun cet écart entre le rôle que l’on joue pour les autres et celui que l’on est réellement. Même si c’est de moins en moins le cas en mûrissant, parce que l’on s’apaise. Son côté sensible me parle vraiment. Je rentre dans la catégorie des hypersensibles et ce n’est pas ce que je montre. Je peux être susceptible parce que j’accorde une importance considérable à des détails, je pleure pour un oui ou pour un non... Et évidemment, nous avons en commun l’amour du sport. Je pratique beaucoup de sports différents, je fais moi-même mes cascades. Quand Clotilde m’a expliqué que Balthazar brûlait la vie par les deux bouts, notamment en ramenant une nouvelle femme chaque soir ou en s’enivrant, je lui ai dit qu’il y avait d’autres manières de faire, comme pratiquer des sports extrêmes. J’ai demandé à ajouter cette particularité au personnage et elle a été développée au fil des épisodes. Je trouvais moderne que cet intellectuel ne soit pas un mec avec des lunettes à double foyer ! Ça me rappelait l’un de mes meilleurs potes, maître de conférence en droit international et référence dans son secteur, qui était aussi un as de la planche à voile.

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Comment s’est passé le travail avec Hélène de Fougerolles ?
Très bien. Nous sommes devenus copains. Nous sommes pourtant diamétralement opposés, dans la vie comme dans le travail. Hélène commence à apprendre son texte un mois à l’avance, elle doute tout le temps. Moi, je l’apprends la veille ou le matin même et ensuite, je me laisse tranquille. J’en ai besoin pour me sentir libre. Hélène, elle, gagne sa liberté en travaillant longuement. Toujours en retrait, elle ne veut pas faire de vague. Moi, je ne me pose pas la question, je n’ai pas une personnalité effacée. Cette opposition est géniale parce qu’elle correspond à nos personnages. Sur le tournage, nous avons apporté un sous-texte qui n’était pas dans le scénario, poussant le curseur dans le rapport chien/chat. Je pense que notre couple à l’écran fonctionne bien, avec une belle alchimie. Ça apporte un côté humain, poétique et fragile à Balthazar.

Quels souvenirs conservez-vous du tournage ?
Pendant le tournage de Coup de foudre, je m’étais cassé l’épaule. J’avais arrêté le sport et pris une petite dizaine de kilos. En recevant les scénarios de Balthazar, j’ai vu qu’il était torse nu dans plusieurs séquences. Et là, je me suis dit : «Ah non, pas maintenant !» Je me suis donc remis à la muscu et j’ai fait deux semaines de régime blanc d’œuf pour perdre du poids. A un moment donné, j’en mangeais 20 par jour ! Ça amusait beaucoup Hélène. J’avais tourné Les innocents peu de temps avant avec le réalisateur Frédéric Berthe. C’est une crème ! Quand il fait confiance à un acteur, il lui laisse énormément de place. Je me sens très libre avec lui. J’avais une très belle voiture dans la série. Elle apporte beaucoup au personnage, ajoutant à son côté esthète. Un jour, le réalisateur - qui sait que je fais des courses automobiles - , m’a demandé de faire une arrivée fracassante. Mais c’était totalement impossible car la voiture était aussi belle que vieille... et n’avançait absolument pas. C’est ma petite déception de tournage !

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Quels sont vos projets ?
J’ai tourné dans Philharmonia, une minisérie pour France 2 et je participe à Messiah, une série Netflix. C’est un projet extraordinaire qui représente sept mois de tournage aux Etats-Unis. Je travaille aussi sur l’écriture d’un projet de long métrage, produit par Nolita. J’ai très envie de passer à la réalisation depuis la mise en scène de mon premier court métrage, dans le cadre des talents de Cannes. J’adore chercher à tirer une scène vers le haut par le jeu des acteurs et j’ai une idée assez précise de comment raconter une histoire. C’est un travail extraordinaire !