Balthazar - Interview de Hélène de Fougerolles

Balthazar

La vie en miettes
Jeudi 20 décembre à 21:00

Balthazar - Interview de Hélène de Fougerolles

publié par Aurélie Binoist le 13/11/2018
«Mon émotivité m’a rattrapée»
Grâce à «Balthazar», Hélène de Fougerolles s’est glissée avec une joie non dissimulée dans la peau d’un nouveau personnage récurrent aux côtés de Tomer Sisley. Un rôle de flic qu’elle a construit dans la durée et surtout à son image…
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Qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?
Tout ! Il s’agissait d’un rôle de flic, dans une série pour TF1, avec Tomer Sisley et qui en plus se tournait à Paris. J’ai surtout pensé : merci de m’avoir envoyé un tel projet ! J’ai fait beaucoup de téléfilms, notamment parce que l’on me proposait des rôles que je ne trouvais pas au cinéma, mais j’ai longtemps refusé de participer à des séries. En 2016, j’ai joué dans Le secret d’Elise mais il n’y avait que six épisodes. Depuis, j’avais très envie de participer à une «vraie» série. Etre choisie sur un beau projet comme Balthazar était donc essentiel pour moi. Comme je ratais à chaque fois mes essais importants à cause du stress, j’ai décidé de faire une séance d’hypnose avant le casting. Elle m’a tellement détendue que j’ai oublié le rendez-vous ! Je m’en suis souvenu au dernier moment. Et quand j’ai passé les essais, ça a été une évidence.

Comment décririez-vous votre personnage ?
C’est une flic passionnée par son métier qui ne rentre pas beaucoup chez elle ! Son mari gère donc souvent le quotidien avec leurs deux enfants. A l’origine, Hélène était un personnage assez dur. J’avais imaginé plein de choses dans cette optique avant le tournage… et rien ne s’est passé comme prévu ! Je n’avais jamais incarné un rôle récurrent mais j’ai vite compris que l’on ne pouvait pas construire un personnage de toutes pièces sur la durée ; notre personnalité transparaît forcément. En l’occurrence, mon émotivité m’a rattrapée, plus que je ne l’aurais voulu. Au final, j’ai construit un flic sensible. Dans les séquences d’interrogatoire par exemple, je suis beaucoup dans l’empathie. J’ai joué plusieurs scènes avec la voix cassée parce que j’étais trop émue. J’aime cette idée de ne pas juger mais d’écouter l’autre pour comprendre ce qui l’a amené au pire. Finalement, je trouve le résultat intéressant parce qu’il y a assez peu de personnages de flics dans l’émotion. J’ai aussi voulu ajouter une nuance : Hélène n’a aucune autorité dans sa famille. Elle voudrait avoir l’air sévère mais n’y arrive pas. Je trouve ce côté touchant. Je lui fais par exemple porter des chaussons ridicules chez elle, j’aime ce genre de petits détails. Dans la vie, je suis assez comme ça.

Il s’agissait de votre troisième rôle de flic…
Oui, même si dans Les liens du cœur, le métier de mon personnage était peu développé. J’ai le sentiment de jouer pour la première fois un vrai rôle de flic. Je me suis entraînée au tir, à mettre des menottes... Sur le tournage, beaucoup de figurants étaient dans la police, ça apporte plus de crédibilité. Parfois, entre deux prises, ils me faisaient travailler, me parlaient de leur expérience. J’ai beaucoup d’admiration et de respect pour les policiers, encore plus après en avoir croisé autant sur ce tournage. Ils font un métier extraordinaire en faisant passer notre vie avant la leur alors qu’ils sont beaucoup critiqués. Je me souviens d’une scène où l’on entre dans un squat. C’était de la fiction mais j’étais vraiment tendue pendant la prise. Quand je leur ai demandé s’ils avaient toujours ce stress sur le terrain, ils m’ont expliqué que cette montée d’adrénaline est inévitable car ils ne savent jamais ce qu’ils vont trouver derrière une porte fermée. C’est la raison pour laquelle ils crient si fort lorsqu’ils entrent. Comme je travaille avec de vrais professionnels, je me prends vraiment au jeu ! C’est un rôle génial. Ces moments me rappellent pourquoi j’aime tant mon métier.

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Trois réalisateurs se sont succédé sur ces six épisodes. Etait-ce difficile de s’adapter ?
J’étais tellement heureuse d’être sur ce tournage que rien ne me paraissait difficile ! J’ai seulement été un peu déroutée à cause du crossboarding car je n’en avais jamais fait avant. Un des réalisateurs, qui a fait trois épisodes, nous faisait tourner les scènes dans le désordre, passant d’un épisode à l’autre. Il était parfois difficile de savoir où en était notre personnage et il y avait un côté schizophrénique ! La scripte était très importante dans ces moments. Mais c’était un exercice intéressant. Les scènes informatives où mon personnage explique l’avancée de l’enquête aux téléspectateurs étaient aussi nouvelles pour moi. Je les ai répétées avec un coach pour me sentir à l’aise car elles n’ont pas d’intérêt sur le plan du jeu. J’ai ainsi découvert différentes façons de travailler. Dans mon métier, j’apprends tous les jours et je ne suis pas blasée. En débutant un tournage, j’ai toujours la peur au ventre et la sensation que je pourrais faire mieux. Ce sentiment est formidable. 

Comment s’est passée votre rencontre avec Tomer Sisley ?
C’est un acteur très professionnel et exigeant qui élève le niveau. Travailler avec lui est très agréable.
Grand, beau et charismatique, il en impose et ne met pas toujours complètement à l’aise. Ça sert vraiment nos rôles parce que l’on est dans une relation très chien et chat. Hélène et Balthazar ont du mal à communiquer mais je les trouve touchants car ils ont beaucoup de respect l’un pour l’autre. Au fil des épisodes, une vraie évidence s’instaure dans leurs rapports et elle s’est construite assez naturellement sur le tournage. Avec Tomer, nous sommes aussi différents dans la série que dans la vie mais je pense que nous avons de belles valeurs tous les deux. Très entier, il est sincère et travailleur. C’est une belle personne. Nos méthodes de travail aussi sont différentes. Je suis studieuse : je répète longtemps en amont… et je suis quand même stressée le jour de ma séquence ! Lui a une aisance et une facilité déconcertantes : il a des textes imbitables qu’il apprend le matin pour le jour même. Je suis très jalouse ! J’aimais bien le taquiner. Je me rappelle une séquence dans laquelle je lui parlais alors qu’il faisait des abdos. Je prenais tout mon temps pour ma réplique. Le pauvre a dû en faire pendant dix prises. Ça m’a beaucoup fait rire !

Comment était l’ambiance sur le tournage ?
Tout le monde était adorable et concerné. La prod est aguerrie à l’exercice puisque c’est celle de Profilage. Nous étions entre de bonnes mains, chouchoutés, et nous travaillions dans de bonnes conditions. Une des productrices, également scénariste, m’a même demandé si j’avais des envies particulières pour mon personnage. Je voulais être végétarienne. Elle a refusé – Hélène est abonnée à la junk food ! – mais je ne m’avoue pas vaincue… Mon personnage circule à vélo, c’est déjà un peu écolo ! Plus sérieusement, je voulais des scènes plus dures où je devais encaisser. Dans le sixième épisode, l’intensité monte d’un cran et j’avais beaucoup à jouer. J’aimerais vraiment retrouver mon personnage dans une deuxième saison. Certains acteurs se lassent d’être dans une série. Personnellement, je ne vois pas comment on peut ne pas aimer construire un personnage sur du long terme, avec un tel espace de jeu !