Munch - Interview de Stéphane Guillon

Munch

Secret défense
Jeudi 1 novembre à 21:00

Munch - Interview de Stéphane Guillon

publié par Vanessa Vincent le 09/10/2018
«Les acteurs ont besoin d’être aimés»
Dans la famille «Munch», je demande l’ex-mari, maître Pierre Lomard, un personnage aussi complexe qu’impulsif. Un rôle sur mesure pour Stéphane Guillon qui revient avec plaisir à ses premières amours : le métier d’acteur. Rencontre sur le tournage au mois de juin, entre deux scènes bien pimentées entre Isabelle Nanty et le comédien, devant un commissariat de police parisien…
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Humoriste, comédien, auteur, chroniqueur, quel qualificatif vous sied le mieux ?
Mon premier métier est celui de comédien. J’ai débuté à l’âge de 17 ans et démarré ma carrière par le cinéma en 1982, sous la direction de Michel Gérard dans On s’en fout… nous on s’aime. J’ai énormément travaillé le répertoire classique auprès de Jean-Laurent Cochet et Véra Gregh et cette formation m’a donné une assise. Ensuite, je suis devenu chroniqueur par «accident». Par ailleurs, j’ai toujours eu envie de créer un one-man-show et de faire rire sur scène. Toutes ces facettes du métier d’artiste sont complémentaires. Pour autant, c’est un métier très difficile. Il vaut mieux aimer et savoir faire plusieurs choses. Pour ma part, j’aime m’amuser, me mettre en danger, me surprendre et varier les exercices. Je suis heureux de tourner à nouveau car, pour diverses raisons, je n’ai pas pu le faire durant longtemps et la caméra me manquait.

«Munch» était donc l’occasion idéale…
C’est un excellent retour aux sources, dans des conditions optimales car je suis entouré d’une bonne troupe. Les deux équipes que j’ai croisées, dirigées par Nicolas Guicheteau et Frédéric Berthe, m’ont très bien accueilli, et Isabelle Nanty insuffle un tel esprit de famille que l’on se sent immédiatement bien. Il est souvent difficile de s’intégrer lorsque l’on est un guest. Cela peut être un vrai cauchemar ou un plaisir et tel est le cas. Les acteurs ont besoin d’être aimés pour donner quelque chose de bon et l’esprit d’équipe sur le tournage est très important.

Parlez-nous de votre personnage, Pierre Lomard. Qui est-il ?
C’est un personnage impulsif, capable d’une certaine violence que ce soit vis-à-vis de son fils, de son ex-femme, interprétée par Isabelle Nanty, ou dans ses relations de travail. Il a un rapport viril aux personnes qui l’entourent et, en même temps, il a une véritable faille affective, c’est ce qui est intéressant. Il avoue à un moment donné qu’il a «tout foiré» : ses rapports avec son fils, son ex-femme et son collaborateur. J’ai trouvé ce mélange de fragilité et d’impulsivité intéressant à jouer.

Pourquoi avoir dit «oui» à «Munch» ?
Je voulais jouer avec Isabelle Nanty. On n’avait jamais eu l’occasion de travailler ensemble jusqu’alors, mais on se connaît et on s’apprécie beaucoup depuis longtemps. Lui donner la réplique est facile puisque l’on joue la même partition. Elle est très à l’écoute de l’autre et moi aussi. Jouer la comédie, c’est s’écouter et se répondre. J’avais regardé la série au préalable, que je trouvais de qualité, et j’avais déjà travaillé avec Tom Villa. Enfin, le scénario m’a convaincu. J’avais envie de défendre ce personnage complexe, de lui apporter mon âme avec ce qui est dans mes cordes.

A une époque où la liberté d’expression semble parfois à reconquérir, êtes-vous un rempart contre la «bien-pensance» générale ?
Le qualificatif de «rempart» est trop lourd à porter et il m’arrive, surtout en ce moment, d’être fatigué car il y a une incompréhension énorme. Je suis lassé de dire ce que je pense car je le paie trop cher. Je suis devenu un peu amer du traitement qui est fait de mes propos, qui ont parfois été sortis de leur contexte, déformés et ont souvent donné une image de moi erronée. C’est une dérive courante dans notre époque, aux réseaux sociaux, à tous ces sites d’info qui ont besoin de clics pour exister. Je n’en suis pas la seule victime mais beaucoup de journalistes et certains humoristes en paient le prix fort. Je me réfère souvent à l’expression «Never complain, never explain». Je n’ai pas à expliquer ce que je dis. Quand mes propos sont déformés et mal retranscrits, cela devient extrêmement compliqué.

Dans votre dernier ouvrage, Journal d’un infréquentable, votre regard acéré se pose sur les années 2015-2017. Votre plume mordante est-elle une forme d’exutoire ?
L’écrit est une forme de liberté. Effectivement, dans un livre, dans une chronique, il y a peut-être moins de trahison. Mais une petite phrase de votre ouvrage peut aussi être ressortie en permanence. Si l’on ne retient que cela, le livre en pâtit naturellement et le propos réel passe aux oubliettes.

Quelle différence faites-vous entre le septième art et la télévision ?
Il y a eu un véritable changement, relativement récent, et aujourd’hui certaines séries ont rejoint le cinéma, voire l’ont dépassé en termes de qualité. Certaines sont absolument extraordinaires. Peaky Blinders ou encore The Crown m’ont fasciné car elles proposent des mises en scène étonnantes. Ces séries sont aussi addictives qu’un ouvrage de Marcel Proust. Il y a un travail de décor, d’éclairage et de construction extraordinaire. Que des acteurs de renom aient rejoint de grandes séries a tiré tout le monde vers le haut. Il y a aujourd’hui une grande exigence. Incarner un beau rôle dans une fiction qui réunit quelque 6 millions de téléspectateurs comme Munch est une chance. Le groupe TF1 a déjà pensé trois fois de suite à moi cette saison. Cela ne m’était jamais arrivé dans toute ma carrière ! Après avoir tourné dans Guépardes* et Munch, je m’apprête à incarner un rôle de flic dans Le bazar de la charité la saison prochaine.

*Actuellement sur TF1 Séries Films