Tournage Jacqueline Sauvage, c'était lui ou moi

Tournage Jacqueline Sauvage, c'était lui ou moi

publié par Aurélie Binoist le 12/06/2018
Métamorphose pour Muriel Robin
Muriel Robin tourne sous la direction d’Yves Rénier un film sur l’affaire Jacqueline Sauvage, l’histoire vraie et tragique d’une femme victime de violences conjugales durant 47 ans. Condamnée à 10 ans de prison après le meurtre de son mari, la sexagénaire avait finalement bénéficié d’une grâce présidentielle de François Hollande en décembre 2016.
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Non loin de Bruxelles, dans les locaux d’un magasin de vente de meubles, les espaces vides accueillent l’un des décors du tournage de Jacqueline Sauvage, c’était lui ou moi. Dans le fond d’une pièce, sur une petite table proche de la fenêtre, Muriel Robin, vieillie par des cheveux gris et de dos à la caméra, fait face à Alix Poisson et Armelle Deutsch. Il s’agit de scènes de parloir, quand Jacqueline rencontre pour la première fois ses deux nouvelles avocates après avoir fait appel de son précédent jugement. Alors que la scripte précise pour la forme à Muriel Robin un mot oublié dans son texte, la comédienne rétorque : «Non, je vais le refaire, j’aime dire ce qui est écrit dans le scénario !» Malgré la gravité de la scène, l’ambiance est décontractée. Yves Rénier, qui arbore un tee-shirt avec un panda en veste de cuir et lunettes de soleil, admire le jeu de Muriel Robin avec sa scripte, une fidèle depuis plus de 30 ans : «Tu as vu la puissance qu’elle donne aux mots, même en étant de dos. Elle est forte Mumu !» Interrogé sur sa comédienne principale, il garde le même ton : «On se connaissait mais on n’avait jamais travaillé ensemble. Pourtant, j’ai tout de suite pensé à elle quand j’ai cherché une actrice pour incarner Jacqueline Sauvage. Dans Marie Besnard, elle était extraordinaire. Qui de mieux que cette formidable interprète pour résumer 47 ans d’une telle vie ?»

Transformation physique
Pour les besoins du film, l’actrice apparaît vieillie et fatiguée. Christine Lambert, coiffeuse de plateau, a été très attentive afin que la perruque s’intègre parfaitement au visage de Muriel Robin : «Au début, il était question qu’elle garde ses vrais cheveux mais j’étais contre. Et on m’a écoutée. En tout, il y a 3 perruques : une blonde pour les flashbacks quand elle a une quarantaine d’années ; une grise au moment où elle tue son mari, et enfin une autre de même couleur avec les cheveux plus longs 4 ans après. L’idée m’est venue en parlant avec Jacqueline Sauvage, quand elle m’a dit qu’il n’y avait pas de coiffeur en prison. Elle devait se débrouiller avec ses cheveux. Je me suis aussi inspirée de photos de presse.» La coiffeuse ne tarit pas d’éloges sur Muriel Robin : «Un amour de femme ! C’est un bonheur de travailler avec elle. Extrêmement attentive aux autres, elle est respectueuse de notre travail.» Même admiration du côté de sa maquilleuse, Bénédicte Goussaud, qui l’accompagne depuis plus de 20 ans, des tournées des Enfoirés aux tournages pour la télévision : «Se vieillir ne lui pose aucun souci. Elle n’a pas de problématique d’actrice ou de femme par rapport à son apparence. Quand elle joue, elle entre entièrement dans la peau de son personnage. Elle a fait des réactions allergiques assez fortes à certains produits mais sa seule préoccupation a toujours été de savoir comment elle pourrait continuer à tourner !» Dans le film, le maquillage occupe une place considérable du fait de nombreux flaskbacks : «Je savais que la crédibilité du maquillage aurait un rôle important. Muriel a une belle peau, une photogénie naturelle. Avant de commencer, je me demandais vraiment comment j’allais pouvoir la vieillir. J’ai choisi de simplement accentuer ses rides d’expression. Pour commencer, je ne lui mettais pas de crème hydratante. Le simple fait d’hydrater une peau ou non fait déjà une différence visible. J’ai utilisé des produits qui, en séchant, la rétractent et accentuent «naturellement» les rides. Le choix des couleurs de fond de teint est aussi très important. Pour vieillir, on ternit la peau et on bleuit les veines. A l’inverse, quand j’ai voulu la rajeunir, j’ai privilégié les tons corail et abricot. En complément du maquillage, certaines techniques modernes sont très efficaces, comme la pose d’élastiques collés sur le côté des joues et des yeux qui s’attachent derrière sa tête. Je mettais aussi à Muriel des crèmes avec une faible dose en acide hyaluronique pour regonfler les tissus. Globalement, je passais environ trois quarts d’heure pour le vieillissement et 30 minutes pour le rajeunissement. Enfin, pour les blessures, nous avons utilisé de la silicone et de l’acrylique afin de fabriquer des prothèses. Avec le prothésiste, nous avons fait un moulage du visage de Muriel. Il a ensuite sculpté sa joue tuméfiée. Il ne restait plus qu’à poser la prothèse et la maquiller. Ma collaboration avec le directeur photo pour la lumière a aussi été essentielle.»

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Paroles de réalisateur
Retour sur le plateau. Pour les besoins du cadrage, on demande d’abord à Muriel de se décaler sur la gauche avant de se rétracter et de la replacer sur la droite. Une indécision qui amuse Muriel : «Bon alors, faut vous décider, je me mets où ?». Alix Poisson, sur le même ton, enchaîne : «On regarde de gauche à droite. C’est Roland-Garros en fait !» Après avoir légèrement bafouillé, cette dernière insiste pour refaire une prise. «Juste le début alors ! accepte Yves Rénier. Moi, j’aime bien que tout ne soit pas parfait, ça fait plus vrai». Finalement, la scène sera tournée en entier pour le plus grand bonheur d’Alix Poisson qui se réjouit bruyamment à la fin de sa réplique. Un engouement qui fait sourire Yves Rénier : «Tu m’as eu une fois. Pas deux !» Le réalisateur n’a pas hésité une seconde avant d’accepter ce projet : «Pour moi, même si elle a tué son mari de dos, Jacqueline Sauvage est une femme très courageuse. Après mon dernier film, ma monteuse m’a dit que si le prochain n’était pas une comédie, elle ne le faisait pas. C’est raté ! » Dans Jacqueline Sauvage, le réalisateur Yves Rénier fait aussi une petite apparition dans le rôle du directeur de prison : «Je n’aime pas trop faire les deux, à part pour un petit rôle. A l’époque de Commissaire Moulin, j’ai fait 19 épisodes en cumulant la casquette de réalisateur et de comédien. Au final, je trouvais toujours que j’étais lésé sur un aspect. Et c’était souvent l’acteur ! Car lorsque l’on est metteur en scène, on a toujours plus envie de mettre ses potes en avant que soi ! Et ce qui m’intéresse finalement, c’est d’arriver à mener un projet au bout». Quelques jours plus tôt, il a dirigé Olivier Marchal, qui interprète Norbert Marot, le mari de Jacqueline : «Une idée de TF1. Et c’est une bonne idée ! Je le connais depuis plus de 30 ans. Il était venu me voir sur le plateau de Moulin à l’époque où il était encore flic et voulait faire l’acteur. Malgré la difficulté des scènes, on s’est bien marré ensemble ! Je ne voulais pas faire de Marot uniquement un méchant. Je voulais aussi montrer que malgré les coups, il aimait sa femme. Il est comme un gosse qui fait des conneries.» La fille d’Yves Rénier, Samantha, interprète une des filles de Jacqueline : «C’est le producteur qui m’a proposé de la faire jouer. C’est toujours un peu gênant, mais elle est très bien. Les deux autres comédiennes qui interprètent ses filles, Erika Sainte et Laura Sépul, sont super aussi d’ailleurs.» Alors que le tournage reprend, Muriel Robin l’interroge : «On peut s’amuser ou pas ?» Réponse immédiate d’Yves Rénier : «Vas-y, on est là pour ça !» La comédienne se lance alors dans sa réplique… avec un accent corse décalé qui fait sourire tout le monde.

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