Infidèle - Interview de Claire Keim

Infidèle - Interview de Claire Keim

publié par Aurélie Binoist le 18/12/2018
«L’histoire de l’amour trompé est la plus vieille du monde !»
Emma Sandrelli mène une vie heureuse et épanouie. Mais lorsqu’elle découvre un cheveu de femme sur l’écharpe de son mari, elle le soupçonne immédiatement d’infidélité. Elle va alors tout mettre en œuvre pour découvrir la vérité. Claire Keim s’est glissée dans la peau de cette femme rongée par le doute qui va voir sa vie peu à peu s’effriter.
Infidele Couple

Qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?
Le rôle, le lieu, le metteur en scène, le casting, l’histoire… J’ai toujours un peu de difficultés à verbaliser les raisons exactes qui me conduisent vers un rôle car c’est de l’ordre de l’intuition. Mais je pense que cela correspond à un moment particulier. A 43 ans, je suis dans une période à la fois fragile, intéressante et dense de ma vie personnelle et professionnelle. Ce rôle me permet de mettre en image ce moment de remise en question où notre physique change, comme nos rapports avec les autres. Le sujet de base est d’une banalité folle : nous avons tous une histoire avec l’infidélité, que l’on ait trompé ou que l’on en ait été victime. Dans  le scénario, on a toujours le sentiment que quelque chose de grave va se produire. J’ai aimé la tension et le suspense qui règnent dans un quotidien apparemment normal. Cela donne une impression de thriller alors qu’il n’y a ni flic ni enquête. J’avais aussi très envie de travailler avec Didier Le Pêcheur parce que nous nous étions ratés sur un projet il y a 25 ans.

Comment décririez-vous votre personnage ?
Emma Sandrelli est un médecin passionné. Son métier lui apporte une forme de stature dans sa ville. C’est une femme forte et sérieuse qui semble avoir réussi à construire une vie solide et heureuse. Mais lorsqu’elle trouve un cheveu blond sur l’écharpe de son mari, elle se met à douter. Cette découverte, qui pourrait être totalement anecdotique, va prendre des proportions démesurées et la faire vaciller. Une fois que le doute s’insinue en elle, il va prendre une place considérable et déclencher une violence insoupçonnée. On assiste à une sorte de statue qui s’effrite. Car en réalité, la situation est plus compliquée qu’il n’y paraît. Emma ne va pas bien au début de l’histoire. Pas très maternelle et peu à l’écoute, elle est un peu castratrice et a fait des erreurs. Elle se bat contre ses propres démons intérieurs. Elle n’est pas une victime. Face à ses soupçons, elle se tait et ne va pas à la confrontation avec son mari. Cela permet d’explorer ses entrailles et de voir toutes les phases par lesquelles elle passe : déni, colère, pardon, vengeance. La série explore la sensation d’être trompée et joue sur la peur de la trahison, une crainte partagée par tout le monde. En fait, Infidèle est une tragédie grecque : l’histoire de l’amour trompé est la plus vieille histoire du monde !

Pourquoi vous être teint les cheveux ?
L’image de la maîtresse blonde est très forte dans l’inconscient collectif. J’ai pensé que la vision de maîtresses potentielles autour de son mari serait plus agressive pour Emma si elles étaient blondes, comme des sortes de soleils aveuglants qui attirent son regard. Pour l’interpréter, j’avais envie d’aller à l’essentiel. J’ai opté pour une coiffure simple, un look maîtrisé et sans artifices, avec peu de bijoux, les ongles courts et soignés, pour faire sentir qu’Emma était toujours dans le contrôle.

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Quelles difficultés avez-vous rencontrées pour incarner ce personnage ?
Emma est très différente de moi. Je crois être plus spontanée, réactive, excessive et imprévisible. Mes mots peuvent dépasser ma pensée... Emma, elle, est très réfléchie ; même si elle fait des erreurs, elle réagit à froid. Je serais incapable de maintenir le silence comme elle le fait. Je serais partie avant la fin du premier épisode ! Pour ma santé mentale, il était très important que je m’éloigne de ce personnage. Même si c’était très intéressant d’explorer ce monde, je raccrochais chaque soir. J’essaye de préserver les miens du tumulte intérieur de mes personnages.

Comment s’est passé le travail avec le réalisateur ?
Je suis peu sûre de moi… contrairement à Didier qui avait totalement confiance en moi ! L’écart a donc été vertigineux et m’a perturbée au début. J’étais souvent dans le doute et il me disait simplement : «Ne t’inquiète pas, ce sera nul comme d’habitude… et ce sera très bien !» Mais nous avions échangé en amont et étions sur la même longueur d’onde. Nous avons besoin d’une atmosphère familiale et amicale sur un plateau et n’aimons pas créer dans la douleur. Didier adore les animaux, la tranquillité et est passionné par les rapports humains qu’il décortique à merveille. C’était intéressant qu’il s’empare de ce sujet.

Aviez-vous déjà collaboré avec les autres comédiens ?
Non. J’ai tout de suite pensé à Jonathan Zaccaï pour interpréter le mari d’Emma. Je veux travailler avec lui depuis longtemps car c’est un acteur génial qui peut tout faire. En l’occurrence, il fallait un homme qui fasse preuve d’une force sympathique. Il a une telle humanité dans son regard et son attitude que tout le monde peut se projeter sur lui. Je me souviens avoir pris une énorme claque en voyant Philippe Torreton dans le rôle de Cyrano il y a deux ans. J’étais ravie qu’il prenne part à ce projet. La dernière fois que j’avais vu Chloé Jouannet, elle avait huit ans et tenait la main de son papa avec qui je tournais. Lui donner la réplique était très étonnant car on ne voit pas le temps passer. Quant à Mylène Demongeot, ça a été un vrai coup de foudre. C’est une femme singulière, révoltée, insoumise et amusante. Elle s’empare avec talent d’un sujet passionnant que l’on survole hélas seulement un peu dans la série, celui de la fin de vie.

Vous souvenez-vous d’une anecdote ?
Nous avons tourné une scène à Guéthary où des dauphins jouaient dans le port. Je n’en avais jamais vu au Pays Basque et j’ai trouvé ce moment absolument magique. Et nous avons fait une séquence de cascade dans l’un des endroits que je préfère dans cette région avec la plus belle vue du monde, qui s’étend de l’Espagne aux Landes. Je suis heureuse que ce lieu apparaisse dans l’un de mes films.

Le tournage s’est déroulé dans les environs de Bayonne, près de chez vous…
Oui, c’était une expérience inédite pour moi. Pendant des années, j’ai regretté de devoir choisir entre ma passion et ma famille car mon métier m’éloignait de mes proches. J’étais très heureuse de travailler pour une fois si près de chez moi, après trente ans de métier, mais j’ai réalisé que c’était très fatigant ! Après une journée de tournage, la deuxième commençait avec ma fille et mon quotidien. Quelle chance de tourner loin de chez soi en fait ! Cela permet d’être dans une douce adolescence où l’on ne se soucie que de soi. Ce tournage m’a épuisée mais je pense que cette fatigue apparente était bénéfique pour mon personnage. Le monde d’Emma s’effondre, il fallait que ça se voit aussi. Je garde pourtant un merveilleux souvenir de ce tournage. Les Basques ont été accueillants et généreux, nous étions dans des endroits très beaux et nous avons été relativement gâtés avec le temps qui peut être un cauchemar dans cette région ! L’ambiance était familiale. Nous avons beaucoup ri, bien mangé. Ça scelle une équipe ! J’ai rarement été aussi heureuse dans ma vie. Au final, l’épuisement que j’ai pu ressentir n’était rien comparé au bonheur d’exercer ma passion et d’avoir la chance de serrer ceux que j’aime le plus au monde dans mes bras en rentrant le soir !