Interview de Carole Bouquet - La Mante

Interview de Carole Bouquet - La Mante

publié par Karelle Bourgueil le 14/08/2017
«Il est rare que l’on me propose un personnage aussi abominable»
Condamnée à la prison à perpétuité, Jeanne Deber dite «La Mante» célèbre tueuse en série, accepte de collaborer avec la police pour traquer son copycat. Mais à une seule condition : son fils Damien, devenu flic et qu’elle n’a pas revu depuis son arrestation, doit être son unique interlocuteur. Carole Bouquet s’est glissée dans la peau de cette femme à la fois effrayante et fascinante.
LA MANTE
CAROLE BOUQUET | © PIERRE-OLIVIER / CAPA PICTURES / TF1

Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet ?
C’est une proposition que l’on ne peut pas refuser ! J’ai lu les scénarios d’une traite, constamment happée par ce qui allait se passer. Il est tellement rare que l’on me propose de jouer un personnage aussi abominable. J’ai été très surprise que l’on fasse appel à moi ! Ce n’est pas l’idée que cette femme soit une serial killer qui m’a donné envie de l’interpréter mais toute sa personnalité et l’histoire dans son ensemble. C’était très plaisant de jouer un personnage aussi subtil.

Qui est Jeanne Deber ?
C’est un monstre qui a commis des horreurs. Elle ne peut pas nier ce qu’elle a fait. Avant d’être incarcérée, Jeanne exerçait comme vétérinaire. C’est une femme  cultivée loin de l’image que l’on pourrait se faire d’une tueuse en série. Elle semble en paix avec elle-même quand elle propose son aide à la police pour revoir son fils. Séparée de lui depuis vingt-cinq ans, elle trouve ainsi l’occasion de pouvoir l’attirer à elle.

Qu’avez-vous ressenti à entrer dans la peau d’une femme aux crimes abominables ?
Ce n’était vraiment pas simple à jouer ! Chaque fois que Jeanne retrouve Damien, elle tente de gagner un peu de terrain pour le convaincre de faire un pas vers elle. Ce rapprochement est très difficile au début car elle se retrouve face à une porte de prison. Damien considère sa mère comme morte et refuse d’écouter quoi que ce soit d’elle. Tourner ces scènes dans la continuité nous a beaucoup aidés à jouer l’évolution de leur relation.
Alexandre Laurent sait exactement ce qu’il veut. Il est très précis et accorde de l’importance à chaque détail. Les décors aussi étaient incroyables et m’ont aidés à me glisser dans la peau de Jeanne.

Gardez-vous à l’esprit certaines séquences plus délicates ?
Les scènes où Jeanne, à cause du copycat, est amenée à raconter calmement et minutieusement ses crimes comme si elle donnait une banale recette de cuisine ont été très spéciales à jouer. Elle dit des choses horribles avec son fils à côté. On a beau savoir que l’on joue la comédie, c’est particulier à faire !

Comment avez-vous abordé ce personnage ?
La prison est un endroit qui me terrorise. Avant de tourner La Mante, j’ai décidé de me rendre dans un centre de détention pour femmes. Je n’allais pas y chercher une manière de jouer mais, comme j’étais censée avoir passé vingt ans en prison, je voulais voir ce que c’était d’y vivre. Avant cette expérience, j’avais une vision du monde très divisée avec les coupables d’un côté et les non coupables de l’autre. Au cours de cette visite, tout a basculé. Les choses sont devenues beaucoup moins simples pour moi. J’ai écouté le récit de ces crimes sans avoir de rejet ou de jugement. Je parlais à une femme qui avait commis un meurtre mais pas à un monstre. J’essayais d’écouter la souffrance de l’autre sans porter de jugement. Pour autant, cela n’a pas réglé mon problème par rapport aux tueurs en série et aux horreurs qu’ils commettent ! Mais c’est peut-être grâce à ces rencontres que j’ai réussi à me glisser dans la peau d’une mère criminelle.

Comment s’est passée la collaboration avec Fred Testot ?
Nous ne nous connaissions pas avant de tourner La Mante. Il m’a fait rire pendant des années dans le SAV des émissions. Le retrouver dans le rôle de Damien était une totale découverte. Il m’a vraiment bluffée. C’est un acteur prodigieux.

«La Mante» est un thriller psychologique. Etes-vous friande de ce genre de série à la télévision ?
En lisant les scénarios de La Mante, j’étais tellement curieuse de savoir comment cela se finissait que j’ai réussi à aller au bout. Mais généralement, je n’arrive pas à regarder ce genre de séries car elles me font peur. Cela amuse beaucoup l’un de mes fils parce qu’à chaque fois je me laisse prendre au jeu !