Interview d'Alexandre Laurent - La Mante

Interview d'Alexandre Laurent - La Mante

publié par Karelle Bourgueil le 14/08/2017
«J’avais un vrai souci de réalisme»
Réalisateur de nombreuses séries («Profilage», «Falco», «Le secret d’Elise»), Alexandre Laurent s’immerge, avec «La Mante», dans un nouveau genre.
LA MANTE
CAROLE BOUQUET | © PIERRE-OLIVIER / CAPA PICTURES / TF1

Quels aspects vous ont séduits ?
On voit de nombreux thrillers à la télévision mais ce sont les particularités du «grand méchant» qui font qu’une histoire se démarque d’une autre. Dans La Mante, il est incarné sous les traits d’une mère qui veut retrouver son fils. Elle a considéré la justice des hommes insuffisante et a perpétué des meurtres atroces. Son fils, Damien, a quant à lui choisi la justice des hommes et est devenu flic. C’est la relation entre eux qui m’a séduit et qui constitue l’ADN de La Mante.

Comment s’est constitué le casting ?
Les scénaristes avaient pensé à Carole Bouquet dès l’écriture de La Mante. Nous avons mis un peu de temps à trouver «le bon Damien» car nous faisions fausse route en cherchant le cliché du héros parfait. Quand nous avons découvert les essais de Fred Testot, l’humanité qui en transparaissait nous est apparue évidente.

Quelles sont les particularités de cette série ?
La Mante n’est pas une série policière mais plutôt un thriller psychologique couplé à un drame familial. Il y a des meurtres, du sang mais il y a surtout une mère qui retrouve un fils qui la hait. C’est le postulat de départ. Cette histoire de filiation et cette mère, à la fois monstrueuse et aimante, ont quelque chose de fantastique et d’énigmatique. Au début, on n’est pas vraiment en empathie avec les victimes de La Mante car elle s’attaque à des hommes qui, selon elle, mérite de mourir. Ce qui ajoute de la complexité à l’histoire.

LA MANTE
© JULIENLUTT / CAPA PICTURES / TF1

Comment avez-vous procédé pour réaliser les scènes de crime ?
Un conseiller était présent tout au long du tournage pour que les scènes policières soient le plus crédibles possible. Il y a des séquences choc car l’on parle d’un tueur en série effroyable et d’un copycat qui reproduit les mêmes crimes. J’avais un vrai souci de réalisme pour que le public adhère à l’histoire. Quand je réalise un film, je me place en tant que spectateur et j’ai besoin de croire en ce que je vois. C’est ma ligne directrice. Par exemple, pour la scène dans la salle de la laverie à l’hôpital, nous avons vraiment placé quelqu’un dans une machine à laver. Je tenais à ce que l’on puisse mettre une caméra à l’intérieur pour que le téléspectateur vive l’angoisse du personnage enfermé dedans. Pour cela, nous avons trafiqué un gros sèche-linge. Les équipes de la décoration ont créé un système pour que l’eau puisse se remplir à la demande et le régleur de cascade a ajouté un petit bouton pour que la personne à l’intérieur puisse l’arrêter à tout moment. Le plan séquence est idéal dans ce genre de situation, il permet d’adhérer plus facilement à ce que l’on voit. Tourner ce genre de scène n’est pas particulièrement compliqué mais cela demande beaucoup de préparation en amont. Concernant les séquences à la DGSI ou dans le château où est enfermée Jeanne, nous les avons tournées dans l’ordre. Cela me semblait important pour faire évoluer la relation entre Jeanne et Damien. Ce sont vraiment les personnages les plus complexes que j’ai eu à faire vivre depuis que je réalise des films.