Interview de Virginie Ledoyen

Juste un regard

Episode 3
Jeudi 22 juin à 21:00

Interview de Virginie Ledoyen

publié par Isabelle Gaudon le 30/05/2017
«Un rôle comme celui-là, ça ne se refuse pas !»
Trop rare à la télévision, la comédienne la considère pourtant comme «un formidable espace créatif». Séduite par «la mécanique implacable» d'Harlan Coben et le projet d'une série ambitieuse, Virginie Ledoyen s'est sentie terriblement attirée par ce challenge excitant. De son propre aveu, «un rôle comme celui d'Eva Beaufils, ça ne se refuse pas !»
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© PHILIPPE LEROUX / VAB PRODUCTIONS / TF1

Vous vous faites rare à la télévision !
Oui, c'est vrai, je suis parfois un peu hésitante car la télévision et le cinéma, en matière de fiction, fonctionnent selon des procédés différents, mais la télévision peut aussi être un espace créatif formidable, un super laboratoire narratif quand elle se donne les moyens de ses ambitions. Et là, TF1 le démontre ! J'ai trouvé la série solaire avec une multitude de contrastes. Il n'y avait plus ce clivage cinéma/télévision. Nous avions un film de fiction de 6 h à faire, c'est tout. 

À quoi ou à qui devons-nous votre présence dans « Juste un regard » ?
À Sydney Gallonde, le producteur, qui a pensé à moi pour incarner Eva. Je n'avais aucun doute sur la qualité du projet mais au départ, nous sommes partis sur un script sans scénario et sans metteur en scène. Cela me semblait abscons. Sydney a su se montrer convaincant, il a pris le temps de m'expliquer. J'ai tout de suite vu qu'il prenait beaucoup d’initiatives ; il a une niaque phénoménale et une vraie ambition au sens noble du terme. Ce n'était pourtant pas chose aisée car une série de cette ampleur est assez lourde à produire et à tourner. Sydney Gallonde n'a fait aucun compromis.

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© PHILIPPE LEROUX / VAB PRODUCTIONS / TF1

 

Beaucoup de paramètres étaient réunis pour accepter l'aventure. L'univers et la personnalité d'Harlan Coben ont fait le reste !
Il y a une grande justesse chez Coben. À chaque fois que je lis un de ses livres, je me fais toujours avoir et me laisse prendre au jeu. Quand on trouve la solution, on n'est jamais déçu. Cet auteur ne prend jamais le lecteur pour un idiot. Avec lui, on ne se fait jamais « balader » par des petits twists de rien du tout. C'est du grand art. J'aime ces thrillers transgressifs, très codés qui permettent de raconter autre chose qu'une simple intrigue.

Vous ne l'aviez jamais croisé ?
Non. Pourtant, son univers très efficace et ses mécanismes implacables m'étaient familiers. J'ai lu beaucoup de ses romans mais pas « Juste un regard ». Avant de commencer le tournage, je suis partie pour New York à sa rencontre. J'ai eu envie de le connaître. Pendant quelques jours, nous avons beaucoup discuté. De tout et pas seulement de l'histoire et du tournage futur. Il ne m'a pas donné une sorte de « mode d'emploi » ni décortiqué la signalétique d'Eva mais plutôt fait part de son plaisir à chapeauter ce projet, de sa vision des choses et de ses envies. J'ai trouvé nos différences culturelles très intéressantes : l'auteur américain est adapté en France pour un public français et la série est jouée par des acteurs français. Même si les personnages sont régis par des émotions et des sentiments universels -la peur, l'amour, etc.-, nous n'avons pas le même inconscient collectif. C'était très intelligent et très enrichissant de la part de Harlan et de Sydney d'avoir voulu faire une petite immersion dans le monde -américain- de l'auteur tout en l'ayant parallèlement transposé dans la France de 2017.

La présence d'Harlan Coben sur le tournage a été une valeur ajoutée ?
Oui, car il s'est montré présent, généreux et solidaire. Il nous a accompagnés sans jamais se montrer intrusif et j'ai particulièrement apprécié son attitude. Il était extrêmement investi dans le projet sans entraver le travail de Ludovic Colbeau Justin, le metteur en scène. J'ai senti le plaisir qu'il éprouvait à voir son livre adapté et même à réinventer quelque peu son histoire. Il a été capable de se challenger artistiquement et – sans vouloir parler à sa place-je suis prête à parier qu'il a trouvé l'exercice excitant.

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© NICOLAS GOUHIER / VAB PRODUCTION

 

« Juste un regard » vous offre un rôle en or !
Oui et cela mérite d'être souligné : Harlan Coben est l’un des rares « poids lourds » du polar à offrir des personnages féminins forts. La plupart du temps, les héros sont des hommes. C'est à eux qu'il arrive des tas de choses intéressantes ! C'est assez exceptionnel, dans cet univers bien spécifique, qu'un auteur écrive pour les femmes. Et Coben le fait très bien. Ce rôle est très fort et j'ai apprécié d'avoir eu 6 h pour l’installer, d'avoir pu creuser mon personnage et lui apporter du relief. Incarner Eva Beaufils est fantastique ; il aurait fallu être un peu maso pour refuser ce rôle, même un peu bête (rires) !

Eva Beaufils est garde-chasse. Pour l'incarner, il faut être un garçon manqué ? se préparer ?
Ni l'un ni l'autre. Je n'ai pas fait de stage en forêt. Dans la vie, je ne suis pas spécialement un garçon manqué ni une femme féminine accomplie d'ailleurs ! La meilleure des préparations, c 'est d'endosser le costume de garde forestier et d'évoluer dans les bois. Quand on a un texte très bien écrit et un cinéaste qui sait où il va, ça nous donne des clés, à nous acteurs. À aucun  moment, je n'ai eu l'impression d'être lâchée dans la nature sans savoir quoi faire. C'était excitant de jouer cette femme qui, par son métier, était parfois en contact avec le danger et n'en avait pas peur. Eva Beaufils sait gérer les tensions, appréhender les situations imprévues et parfois dangereuses, voire anxiogènes et ce, avec une espèce de sérénité.

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© PHILIPPE LEROUX / VAB PRODUCTIONS / TF1

 

Qu'aimez-vous chez Eva ?
Sa puissance. Il n'y a pas de sophistication. Il fallait être dans la réalité et dans la rapidité pour que l'on puisse adhérer à l'histoire et s’y projeter. C'était une réelle volonté de rester dans le naturel, tant au plan des costumes que du maquillage, de s'en tenir à une forme de simplicité. Comme souvent chez Harlan Coben, les personnages ordinaires deviennent extraordinaires. Quand nos proches sont menacés, potentiellement en péril, nous nous révélons tous extraordinaires sans même en être conscients car nous devons faire face au danger. Dès qu'il s'agit de protéger ceux que l'on aime, nous sommes tous susceptibles de devenir des êtres exceptionnels.

Tout le monde s'accorde pour saluer le travail du réalisateur ! 
Nous avons eu la chance d'avoir affaire à un vrai cinéaste et pas à un yes-man. Ludovic Colbeau Justin a su s’approprier l'histoire. Il sait ce qu’il fait. Sa mise en scène fait preuve d'une grande subtilité. Harlan l'a laissé s'approprier son histoire et je crois pouvoir affirmer qu'il était content de voir ce que Ludovic en faisait et comment il traduisait -visuellement, j'entends-, ce qu’il avait écrit.