Interview de Thierry Neuvic

Interview de Thierry Neuvic

publié par Isabelle Gaudon le 30/05/2017
«Grâce à "Juste un regard", j'ai fait de belles rencontres»
Onze ans après «Ne le dis à personne», long métrage de Guillaume Canet adapté du livre d'Harlan Coben, Thierry Neuvic retrouve l'univers du «boss du thriller». Pour l'acteur, la mini-série «Juste un regard» jouit d'une «rare intensité». Elle lui a offert un rôle «riche physiquement et émotionnellement» et l'opportunité de faire de «belles rencontres».
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© PHILIPPE LEROUX / VAB PRODUCTIONS / TF1

Comment avez-vous intégré l'équipe artistique ?
Le tout premier contact s'est déroulé avec Sydney Gallonde, le producteur. Il m'a invité à déjeuner pour me proposer de faire partie de l'aventure. Nous avons pris le temps de nous raconter l'un à l'autre. Nous nous sommes découvert des points communs. J'ai tout de suite aimé son discours en toute transparence et apprécié ses ambitions artistiques tant au plan de la réalisation, de la distribution que de la photo... J'ai pu constater que Sydney était animé de convictions, et il s'avère qu'au fil du tournage, il a eu le courage et les moyens de ses ambitions. Il aspirait à livrer un produit de qualité tel qu'il l'ambitionnait. Et il s'y est tenu. Il m'a accordé sa totale confiance et réciproquement. Cela a été une superbe rencontre.

La même magie a opéré avec votre partenaire féminine ?
Oui. Si je connais bien Julie Gayet pour avoir déjà tourné avec elle, ce n'était pas le cas pour Virginie Ledoyen dont j'avais vu les films, bien sûr, sans jamais l'avoir rencontrée. Nous avons bu un verre tous les quatre (le réalisateur, Ludovic Colbeau-Justin, Virginie, Sydney et moi) pour faire plus ample connaissance et valider nos envies. J'ai vu qu'elles étaient communes, nous étions sur la même exigence, le même enthousiasme, le même investissement... J'apprécie particulièrement Virginie qui s'est avérée être une partenaire précieuse dans la mesure où il y a, chez elle, une vraie finesse, un regard, une écoute dans le travail et...pas de problème d'ego ! Quant au réalisateur, il a magnifiquement porté le projet. Non seulement, Ludovic Colbeau-Justin est un travailleur acharné, très professionnel et même très pointilleux, mais c'est quelqu'un de formidable humainement. Il a été d'humeur constante tout au long du tournage. C'est suffisamment rare pour être souligné. Indéniablement, un lien s'est créé entre nous.

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© PHILIPPE WARRIN / VAB PRODUCTIONS / TF1

 

Vous connaissiez l'univers de Harlan Coben. Diriez-vous que vous aviez une longueur d'avance en arrivant sur le tournage ?
Non, je ne me suis pas positionné ainsi. J'avais lu Ne le dis à personne dont j'ai tourné le film adapté de l'ouvrage d'Harlan, sous la direction de Guillaume Canet. Je connaissais un peu son écriture et ses mécanismes, son mélange subtil d'intrigues, d’émotions, de rebondissements permanents et de fausses pistes ; j'étais conscient d'être dans cet univers, mais je n'étais pas le seul ! D'autres acteurs de l'équipe avaient lu des livres de Coben. Après, il s'est agi de découvrir six scénarios !

Le «boss du thriller» vous a fait quelle impression ?
À voir ce colosse à la stature si imposante, on peut être impressionné au premier abord, mais on découvre vite une personnalité généreuse. C'est un homme bienveillant, attentif, très impliqué. Pas un auteur à succès, mondialement connu de surcroît, qui se contente de vendre ses droits à la télévision française. Il nous envoyait des mails pour échanger avec nous tous et nous encourager. Il s'est impliqué tout au long de l'aventure et je sais qu'il regardait les rushs tous les jours ! Dans les moments de doute ou d'interrogation sur des points précis, tout le monde se réunissait pour essayer de dénouer les nœuds et nous aiguiller. Avec la volonté de sublimer les choses en permanence. 

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© PHILIPPE LEROUX / VAB PRODUCTIONS / TF1

 

Les comédiens se réclament souvent d'une famille d’acteurs. Diriez-vous que vous avez trouvé la vôtre ?
Oui. Il y avait une vraie communion, une réelle entente sur le plateau. Une petite famille s'est créée autour de ce projet même si j'étais souvent seul pour le besoin des scènes, mais quand j'ai croisé mes camarades, le producteur, le réalisateur, à la cantine ou autour de pots organisés pour se retrouver, jamais je n'ai eu vent de la moindre anicroche ou tension. La réelle bienveillance et l'état d'esprit qui régnaient entre tous ont rendu les choses presque faciles. Toute cette attitude a rendu le tournage très agréable malgré la fatigue, parfois, et le rythme soutenu. Ce n'est pourtant pas rien de tourner 6 heures de fiction !

Incarner Bastien Beaufils, c'est un vrai rôle de composition ?
Oui, on peut le dire ! En tout cas, je  n'ai pas construit ma vie, comme mon personnage, sur un mensonge de cette ampleur. Je n'ai pas cette psychologie-là ! J'ai été servi en termes d'intensité, d'action. Pour un acteur, c'est toujours enrichissant d'avoir cette palette d'émotions fortes à jouer.

Vous dites être souvent interrogé sur « la pression » que génère une série d'une telle ampleur ! 
C'est vrai. Je sais que les enjeux sont immenses, mais je ne me mets aucune pression, je me laisse emporter par le projet, l'histoire et les êtres que je croise. On ne sait jamais ce qu'il peut advenir des personnages que nous jouons et sur quoi cela peut déboucher professionnellement. C'est au public qu'il appartient de décider... L’important, pour moi, c'est de savoir avec quel metteur en scène, quels acteurs, quel auteur, quel producteur, je vais travailler et dans quelles conditions. Concrètement, ce qui va changer pour moi, ce sont les liens tissés sur le tournage et les belles rencontres faites grâce à « Juste un regard ». Je ne sais si cela sera un tournant dans mon parcours personnel, mais j'imagine que cela va motiver notre envie commune de repartir pour nouvelles aventures. Ensemble.

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© PHILIPPE LEROUX / VAB PRODUCTIONS / TF1