Juste un regard - Interview Sydney Gallonde

Juste un regard - Interview Sydney Gallonde

publié par Isabelle Gaudon le 22/05/2017
«Harlan et moi, nous sommes partenaires pour la vie !»
Audace et exigence chevillées au cœur, Sydney Gallonde ne lâche jamais rien. Fonceur au grand cœur, ce jeune producteur inspiré et déterminé s'est fait connaître grâce au succès de la série «Une chance de trop» sur TF1. Il récidive avec «Juste un regard» l’adaptation d'un autre roman d'Harlan Coben avec qui Sydney a noué une relation très forte. «Harlan et moi, nous sommes partenaires pour la vie !»
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© NICOLAS GOUHIER / VAB PRODUCTIONS / TF1

Vous avez appris votre métier de producteur avec Harlan Coben ?
Avant, j'étais un « baby producer » et maintenant, Harlan dit que je suis un « big guy » (« Un grand »). Vous vous rendez compte de la chance que j'ai ! Grâce à lui et à TF1, je suis désormais un producteur épanoui. De ma toute première expérience avec Harlan, je suis sorti grandi. Il a changé ma vie, je ne l'oublierai jamais !

Une relation idyllique, en somme ?
Une vie sans figure paternelle fait que j'ai toujours été à la recherche du père. Harlan l'incarne aujourd’hui. Et dans ce genre de relations, on a le droit de s'engueuler, même si l'autorité suprême reste celle du père ! Avec Harlan, j'ai une libre parole. Il a une qualité d'écoute impressionnante.

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C'est flatteur d'être choisi par un auteur d'une telle envergure !
Bien sûr ! C'est d'autant plus fou que je n'ai signé aucun contrat avec lui. Nous fonctionnons à l'ancienne. À l'amitié et à la parole donnée. Pour moi. Harlan est un ami avant d'être un partenaire. Pas un jour ne se passe sans que nous soyons en contact, par mail, par téléphone ou par SMS. Ensemble, nous parlons de tout et pas seulement de télévision, d'adaptation et d'écriture. Il me demande même de « négocier » avec Anne, sa femme, qui trouve que son mari voyage trop souvent pour la promotion de ses ouvrages ! Nous sommes vraiment devenus des complices. Je suis honoré de sa confiance comme de celle de tous les talents qui ont accepté de me suivre et de s'investir sur cette série : Marie Guillaumond à TF1 et toute la chaîne pour laquelle, avant « Une chance de trop », je n'avais jamais travaillé, et aussi Virginie Ledoyen, Thierry Neuvic...

«Juste un regard» possède tous les atouts d'une grande série. Ce sera encore mieux que la précédente, «Une chance de trop» ?
Non, car ce serait subjectif et surtout prétentieux. Je préfère qualifier « Juste un regard » d'unique et et de différente. Livrer un travail qualitatif, c'est gratifiant pour tout le monde. C'est du gagnant-gagnant. Comme le dit Harlan, nous avons voulu être encore « more edgy », (« plus audacieux »), ce qui a été fait, à mon avis.

Quelle a été votre implication sur le plateau ?
Je m'étais fixé un but : être présent au moins 3j/5 sur le tournage. J'avais à cœur d'accompagner les équipes, de les encourager, les rassurer, le cas échéant, et de les faire rire, parfois. Quand nous avons dû faire une longue coupure, j'ai entretenu le désir et l'amitié avec des SMS. J'ai dû en envoyer une quarantaine  – un différent pour chacun des acteurs, le réalisateur...  C'était indispensable. Une évidence. Chacun est un maillon important et doit se sentir désiré si l'on  veut qu'il continue à s'impliquer sans perdre la motivation. Je les voulais tous à 150% mais pour cela, je devais aussi donner. C'est un échange. Je n'ai aucun mérite, j'aime les gens.

Tout semble avoir été simple. C'est vraiment le cas ?
Non, aucune série de 6 h ne se filme sans doutes, sans imprévus et difficultés à affronter. Quand nous avons fait une coupure de quatre semaines, je me suis trouvé face à un problème de temporalité et, par conséquent de lumière. Commencer en août et terminer en février, ça change tout ! Eh bien, pas une personne, que ce soit les auteurs, l'équipe artistique et technique, a refusé de suivre et de s'adapter. Ils m'ont tous fait confiance. Tout s'est déroulé en toute transparence. Par ailleurs, nous avions 20% en trop, l'équivalent de quatre épisodes. Il a fallu réécrire pendant le tournage pour resserrer le récit. Je leur ai dit : « J'ai besoin de votre soutien pour réaliser la plus belle série  possible ». Ils l'ont compris et ont tous joué le jeu en acceptant des modifications en cours de tournage. Je tiens à remercier ce que j'appelle la Coben Team. Nous avons eu des discussions avec Harlan qui acceptait et entendait les arguments d'un producteur. Parfois, il gagnait, parfois, il perdait ! Mais ça se terminait toujours de la même manière : nous nous prenions dans les bras.

À l'instar du grand Hitchcock, Harlan Coben fait une petite apparition dans la série. C'est votre idée ?
Oui. C'est un clin d’œil. La prestation d'Harlan-acteur a été minutieusement préparée dans le plus grand secret. Je lui ai réservé une journée de tournage sans lui donner à l'avance les dialogues de la scène qu'il avait à jouer pour garder l'effet de surprise. Comme tous les autres acteurs sur le plateau, le jour indiqué sur la feuille de service, il est passé au maquillage, s'est concentré dans sa loge pour apprendre son texte, a enfilé sa blouse verte, mais je ne vous en dis pas plus...

Vous aviez confessé être «nul en anglais» quand vous l'avez rencontré pour la première fois. Et maintenant ?
Si vous voulez (rires), je peux même faire les interviews en anglais ! Je lui avais dit : « Harlan, l'année prochaine, je parlerai anglais ! ». Il ne s'est toujours pas mis au français, alors j'étais bien obligé ! J'ai tenu ma promesse. Il m'a surpris en me répondant : «Sydney, si tu parles vraiment bien anglais quand on se reverra sur «Juste un regard», tu auras tous les droits sur les adaptations de mes romans pour la France».

Vous êtes désormais partenaires pour la vie. Alors, on peut espérer un troisième opus ?
Oui, bien sûr. Nous le souhaitons tous les deux, mais c'est top secret. Il se pourrait bien que je profite de mes nouvelles capacités linguistiques pour offrir à Harlan ce qu'il m'a offert : créer un succès à partir de son œuvre mais, cette fois, dans sa langue maternelle et avec des talents « made in US ». On peut toujours rêver ! Vous pouvez dire aux téléspectateurs qu'il y aura même un «fourth» («quatrième») opus !